La liberté - Partie 2

La liberté - Partie 2
LE VIEIL HOMME A LA VIE DURE…

Et suivant cette lecture particulière de Paul (Romains 7), en voulant enterrer ou faire mourir le vieil homme (notre nature humaine) pour manifester une nouvelle nature (divine) portant les fruits de l’Esprit, c’est-à-dire « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur,maîtrise de soi » (Galates 5, 22-23), les chrétiens, pourtant pleins de bonne volonté, finissent par constater qu’il leur est impossible de vivre en faisant abstraction de leur nature. A la première glissade, au premier désir impur, au premier ressentiment, ils se demandent s’ils ne vont pas finir par rejoindre les rangs de ceux qui disent avec Luther :
≪ J’ai voulu noyer mon vieil homme, mais je me suis aperçu que le bougre avait appris à nager ≫.


CORPS ET PENSÉE : UNE SUBSTANCE UNIQUE

Il faudra Spinoza pour faire obstacle a cette pensée schizophrénique (issue d’une personnalité dechirée) et voir se développer une nouvelle compréhension de l’unicité de l’être : la matière – le corps – et la pensée comme deux manières pour une substance unique « d’apparaître, lorsque l’esprit cherche à concevoir la réalité » (Unicité dans Wikipedia).

Spinoza soutient qu’en effet, « l’idée du Corps et le Corps, c’est-à-dire l’Âme et le Corps sont un seul et même individu qui est conçu sous l’attribut de la Pensée […] ; c’est pourquoi l’idée de l’Âme et l’Âme elle-même sont une seule et même chose qui est conçue sous un seul et même attribut, savoir la Pensée » (Ethique II, XXI, Scolie).

Spinoza entrerait-il en contradiction avec Paul ? Ou aurions-nous lu Paul en le comprenant mal ? Ce qui importe, c’est d’essayer de bien comprendre ce que Jesus nous enseigne au sujet de la Vie, de la Nouvelle Naissance, du péché et de l’Esprit. Puis de relire Paul en donnant à ses mots le sens que Jesus leur donnait, plutôt que de les lire avec notre compréhension structurée par une pensée grecque, platonicienne, proclamant une opposition du corps et de l’âme.

CE QUE DIT JÉSUS AVANT TOUT

En effet, nul besoin de Spinoza pour retrouver la pensée de Jesus, définitive dans sa clarté sur l’unicité de l’être : les mauvaises pensées viennent du coeur (pensée), la bouche (corps) reflete ce dont le coeur est plein : 
« Ne savez-vous pas que tout ce qui pénètre dans la bouche passe dans le ventre, puis est rejeté dans la fosse ? Mais ce qui sort de la bouche provient du coeur, et c'est cela qui rend l'homme impur. Du coeur en effet proviennent intentions mauvaises, meurtres, adultères,inconduites, vols, faux témoignages, injures. C'est là ce qui rend l'homme impur ; maismanger sans s'être lavé les mains ne rend pas l'homme impur. » (Matthieu 15,17-20.)

L’oeil adultere n’est que le vehicule, le moyen de la pensée adultère : 
« Vous avez appris qu'il a été dit : tu ne commettras pas d'adultère. Et moi je vous dis: quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son coeur, commis l'adultère avec elle. » (Matthieu 5, 28.)

Il est évident qu’il faut relire Paul en comprenant le vieil homme comme notre ancien nous avant que nous ayons ete rachetés par le Christ. Le vieil homme – notre ancien nous – comme un être entier, corps et pensée, opposé non pas a lui-même, mais considéré comme un individu malheureusement incapable de s’élever jusqu’a Dieu, et cédant alors la gestion de son existence à l’Esprit Saint qui grandit en lui et produit l’homme nouveau, temple du Saint-Esprit :

« Ou bien ne savez-vous pas que votre corps et le temple du Saint-Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas ? Quelqu'un a payé le prix de votre rachat. Glorifiez donc Dieu par votre corps. » (1 Corinthiens 6, 19-20.) Peut-être alors serons-nous libérés de cette schizophrénie, de ces combats déchirants qui nous laissent trop souvent dans l’amertume de la défaite.

EN FINIR AVEC LES COMBATS

Qui parmi nous pourrait prétendre avoir trouvé la paix de l’innocence et une conscience libérée de toute culpabilité sans mentir ? Seul celui qui s’est retiré du combat c’est-à-dire celui qui a accepté sa défaite et renoncé à se battre contre lui-même pour s’abandonner à la grace de Dieu. Dieu avec nous, Emmanuel, la Parole incarnée, Jésus-Christ, a livre notre combat, est mort sous les coups du mal en assumant notre humanité, mais avec le pouvoir de reprendre vie, et de nous communiquer cette vie divine. Notre mort, ce n’est plus à nous de l’assumer puisque Jésus nous a assez aimés pour la subir et, ainsi, assumer l'aboutissement de notre condition humaine d'après la chute. C’est cela, revêtir notre condition humaine ! En acceptant la Grâce divine, c’est nous-mêmes que nous voyons dressés sur la croix du supplicie, ce sont les conséquences de nos aberrations et celles de nos pairs – tout comme celles de nos ancêtres – que nous constatons clouées par les Romains. Celui qui nous a aimés,

« En fait, ce sont nos souffrances qu'il a portées, ce sont nos douleurs qu'il a supportées, et nous, nous l'estimions touché, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il était déshonoré à cause de nos révoltes, broyé à cause de nos perversités : la sanction, gage de paix pour nous, était sur lui et dans ses plaies se trouvait notre guérison. » (Esaie 53, 4-5.)

Comme les rebelles hébreux mordus par les serpents dans le désert eurent la vie sauve lorsqu’ils acceptèrent de regarder le serpent d’airain fixé par Moise à une hampe, nous sommes invités à regarder notre culpabilité clouée sur la croix du Christ et à recevoir la Vie, son innocence et sa paix avec le Père, lui qui ne fait qu’un avec Dieu.

A suivre...

Extraits de l'ouvrage "Libres" du même auteur



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2 commentaires
  • Yimgos Il y a 3 années, 6 mois

    A moins que je ne vous lise mal, j'ai l'impression en parcourant le texte, et les allusions faites à Spinoza (qui est un penseur, mais dont les écrits ne sont pas inspirés de l’Esprit de Dieu comme c'est le cas pour Paul), que le corps et l'âme sont ici assimilés à la même entité? Ca ne saurait, si je me tiens aux Ecritures, 1Thess 5:23 à l'exemple: " Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers, et que tout votre être, l'esprit, l'âme et le corps, soit conservé irrépréhensible, lors de l'avènement de notre Seigneur Jésus-Christ ! " L'unicité de l'être n'est pas à remettre en question, mais cette unicité se compose bien de trois entités distinctes que sont le corps, l'âme et l'esprit (Heb 4 :12, 1 Pi 3 :3-4, 1 cor 3 :16, Rom 12 :1-2, etc..). Quant à finir avec le combat, je partage entièrement cette vérité selon laquelle, c'est en renonçant de nous battre contre nous même, en usant de nos vaines forces, pour nous abandonner à la grâce divine, que nous pouvons nous approprier par la foi, de la victoire de Christ, et donc être victorieux! C’est certain, Christ a livré notre combat à notre place, et l'a remporté, sans la moindre aide de notre part. Ce combat que nous ne pouvions pas livrer par nous-même, car étant absolument incapables. C'est pourquoi l'exhortation sur la fin m'est tout à fait pertinente: "nous sommes invités à regarder notre culpabilité clouée sur la croix du Christ et à recevoir la Vie, son innocence et sa paix avec le Père, lui qui ne fait qu'un avec Dieu." Merci Seigneur Jésus, pour Tout! Je reçois la Vie dont Tu es mort pour m’offrir. Merci d'avoir cloué le vieil homme dont je ne pouvais me débarrasser par moi-même à la croix, et d'être mort à ma place. Puissent mes yeux restés fixés sur toi, et ma vie l'être pour Ta Seule Gloire. Saint Esprit, instruis moi davantage dans la sagesse, le dépouillement de soi, et l'abandon à Christ! Amen!
  • FB.jeanpaul.barbeyrac Il y a 3 années, 6 mois

    L'anthropologie de l'homme n'est pas binaire (corps et âme ou esprit) mais bien ternaire (corps, âme et esprit) selon 2 Thes 5:23. Lire à ce sujet les écrits de Watchman Nee. Salutations fraternelles. JP Barbeyrac.