Adoptée à l'âge de 3 ans

Elle me battait de plus en plus

NÉE EN INDE, J’AI ÉTÉ ADOPTÉE À L’AGE DE TROIS ANS.
J’ai vécu avec mes parents adoptifs, leurs deux fils naturels et ma sœur (adoptée après moi). La relation avec ma mère adoptive s’est malheureusement détériorée quand ma sœur, bébé, est arrivée dans notre foyer. Ma mère la privilégiait et rejetait souvent les autres. Ma mère adoptive a commencé petit à petit à me punir très sévèrement sans véritable raison ; elle me battait de plus en plus... Un jour elle m’a frappé si violemment que mon bras s’est démis. J’avais tellement peur d’elle que je n’ai rien osé dire sur le moment. Ce n’est qu’un an plus tard que j’ai été opérée. Le rejet était bien pire que les mauvais traitements. Le fait que ma mère me battait n’était pas aussi grave que son rejet et son manque d’amour. A cause de cela, je me suis de plus en plus retirée de la réalité. Petit à petit, je me suis construit un monde imaginaire où je me réfugiais jour et nuit. Ma classe, avec mon institutrice et mes camarades, était devenue alors mon vrai chez moi. Je me demandais souvent ce que j’avais fait et pourquoi maman était toujours si fâchée contre moi. Elle me disait des choses comme : « Tu n’es qu’une incapable, tu ne vaux rien, tu n’as aucun avenir, au mieux tu retourneras dans ton pays ».

Souvent, le soir, j’entrais dans mon monde imaginaire. Là, je vivais en pensée avec une famille qu’on connaissait bien. Je désirais de tout mon cœur que cette famille m’adopte. De ce fait, j’ai commencé à prier même si je ne connaissais pas grand chose sur Dieu et l’église. C’était chaque soir la même prière : « Dieu, donnez-moi une autre mère ». Pour faciliter l’exaucement de ma prière, j’ai écrit une lettre à cette même famille. Je sentais que quelque chose allait se passer et que je n’allais pas rester longtemps dans ma famille adoptive.

Mon monde s’est écroulé
Un vendredi, suite à ma lettre, la fille de la « famille de mes rêves », qui avait 16 ans à l’époque, est venue me chercher à l’école et m’a dit que ses parents ne pouvaient pas m’adopter. Désespérée, je suis rentrée à la maison et là, j’ai eu un choc en entrant dans ma chambre : tous mes jouets, mes habits et mes livres avaient disparus. Seuls les armoires, le lit et les fleurs n’avaient pas bougé. Je n’ai pas osé demander à ma mère ni à l’un de mes frères et sœur ce que cela signifiait.

Je n’ai jamais regretté cette décision de toute ma vie Je suis simplement allée manger mon repas, seule comme d’habitude dans un débarras, les joues inondées de larmes et la gorge serrée, impossible d’avaler quoique ce soit !

Le lendemain, j’ai pris peur quand on m’a expliqué que j’allais partir dans une nouvelle famille qui avait dix enfants. Du haut de mes dix ans, j’ai eu un énorme choc parce que je croyais aller dans une famille très pauvre. Mon monde s’écroulait.

Une nouvelle période dans ma vie
La vie dans ma nouvelle famille d’accueil marqua une autre étape de mon existence. Tout n’a pas été facile. Mes parents adoptifs étaient croyants et ils vivaient leur foi au quotidien. Malgré tout, je ne voulais plus rien savoir de Dieu. J’avais l’impression qu’Il m’avait trahie et me punissait. Il n’avait pas exaucé ma prière comme je le voulais. Pendant les six années qui ont suivi, on peut dire que je n’ai pas toujours facilité la vie de ma famille d’accueil.

Andrea, qui habitait aussi dans cette famille, m’a demandé un jour si je n’avais pas envie d’aller à l’église. Pour lui faire plaisir, je suis allée avec elle. Je n’ai jamais regretté cette décision.

Les chants, les paroles et toute l’atmosphère m’ont beaucoup touchée. Je sentais que toutes les personnes qui étaient là avaient quelque chose qui me manquait !

Elles avaient une vraie joie et elles voyaient en Dieu un Père aimant et non un Dieu qui punissait, comme moi je le voyais. Maintenant, j’étais prête à reconnaître que je ne pouvais pas exister sans Dieu ! Je lui ai demandé pardon pour mon attitude envers lui. Je lui ai remis toute ma colère, ma rébellion et mon monde imaginaire. Je lui ai demandé de m’aider à vivre d’une manière qui lui plaise. Alors, je me suis sentie vraiment bien et mon désir de fuir dans un monde imaginaire a disparu. Ce n’est qu’à partir des quatre années qui ont suivi que j’ai pu petit à petit être « guérie » intérieurement. Par là, j’ai pu constater que Dieu est vraiment un Père pour les orphelins comme on peut le lire dans le psaume 68 : 6.

Des enfants en Roumanie
Ensuite, j’ai demandé à Dieu quel plan il avait pour ma vie. Tout au fond de moi, je sentais que Dieu voulait utiliser mon passé pour aider d’autres personnes. J’ai pensé particulièrement aux enfants délaissés et à ceux qui ne connaissent pas l’amour. C’est ainsi que quelques années plus tard, j’ai laissé mon travail et mon appartement pour aller vivre avec des enfants dans un orphelinat en Roumanie. Pour moi, c’est un privilège de pouvoir accompagner ces enfants pour un bout de chemin.

Après toutes ces années, j’ai enfin accepté ma vie telle qu’elle est.

Je voudrais te dire que Dieu t’aime, toi, que tu as de la valeur à ses yeux et qu’il a un plan fantastique pour ta vie.

Saskia



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