Le monde des conflits

Le monde des conflits

Le but de toute réflexion éthique semble être la connaissance du bien et du mal. La première tâche de l'éthique chrétienne consiste à abolir cette connaissance.) On peut se demander si le terme d'éthique chrétienne a un sens, tant cette dernière est seule dans son offensive contre les données de tout autre éthique. La réponse affirmative ne peut signifier que ceci: l'éthique chrétienne prétend mettre en question l'origine de tous les problèmes éthiques et être ainsi, en tant que critique de toute éthique, la seule éthique valable.

L'éthique chrétienne voit déjà dans la possibilité de connaître le bien et le mal la chute originelle. A l'origine, l'homme ne connaît qu'une chose: Dieu. Il ne connaît son semblable, le monde et lui-même, que dans l'unité de sa connaissance de Dieu; il connaît tout en Dieu seulement et Dieu en toute chose. La connaissance du bien et du mal dénote un divorce préalable d'avec l'origine.

En connaissant le bien et le mal, l'homme ne se comprend plus dans la réalité de sa définition originelle, mais dans sa propre possibilité d'être lui-même bon ou mauvais. Il se connaît maintenant à côté de Dieu, en dehors de Dieu, ce qui signifie qu'il ne connaît plus que lui-même et qu'il ignore Dieu; car il ne peut connaître Dieu qu'en le connaissant lui-même. La connaissance du bien et du mal est donc le divorce d'avec Dieu. L'homme ne peut connaître le bien et le mal que contre la séparation d'avec Dieu.

Mais l'homme ne s'affranchit pas de son origine! Au lieu de se savoir issu de Dieu, il doit maintenant se connaître lui-même comme étant sa propre origine. Se comprenant selon ses possibilités, qui sont celles d'être bon ou mauvais, l'homme se conçoit comme l'origine du bien et du mal. Eritis sicut deus. "Voilà que l'homme est devenu comme l'un de nous pour la connaissance du bien et du mal", dit Dieu. (Gen. 3.22).

L'homme originel à l'image de Dieu est devenu par un rapt le semblable de Dieu. Alors que le premier vit entièrement par son origine en Dieu, le second, oubliant son origine, s'est fait son propre créateur et son propre juge. Ce que Dieu lui donnait d'être, l'homme maintenant veut l'être par lui seul. Mais le don de Dieu est essentiellement don de Dieu. L'origine est partie intégrante de ce don. Au même titre que l'origine, le don se transforme. Bien plus, le don consiste précisément en son origine. L'homme à l'image de Dieu vit de l'origine de Dieu, l'homme devenu semblable à Dieu vit de sa propre origine.

Par le rapt originel, l'homme s'est approprié un mystère de Dieu qui le mène à la perdition. (L'Écriture sainte décrit cet événement par la manducation du fruit défendu.) L'homme connaît maintenant le bien et le mal: Il n'a pas acquis par là une nouvelle connaissance qui compléterait celle qu'il avait déjà. Mais la connaissance du bien et du mal signifie le renversement total de sa connaissance qui jusqu'alors consistait à connaître Dieu comme son origine! En connaissant le bien et le mal, il sait ce que seul l'origine, Dieu, peut et doit savoir. L'Écriture sainte elle-même ne nous donne à entendre qu'avec une extrême réserve que Dieu est juge du bien et du mal. C'est la première allusion au mystère de la prédestination, au mystère d'une éternelle division, qui a son origine dans ce qui est éternellement un, au mystère d'un choix et d'une élection éternels par celui en qui il n'y a point de ténèbres, mais la lumière uniquement.

Connaître le bien et le mal signifie se connaître soi-même comme origine du bien et du mal, comme origine d'un choix et d'une élection éternels. Comment est-ce possible? Voilà qui reste le mystère de celui en qui il n'est aucun partage, parce qu'il est lui-même l'origine une et éternelle et la victoire sur toute division. C'est ce mystère que l'homme a dérobé à Dieu, en voulant être à lui-même son origine. Au lieu de connaître seulement la bonté de Dieu et toute chose en elle, il se connaît lui-même comme origine du bien et du mal. Au lieu d'agréer le choix de l'élection de Dieu, il veut choisir lui-même et être l'origine de l'élection; il porte donc en lui-même pour ainsi dire le mystère de la prédestination. Au lieu de se savoir dans la réalité de l'élection et de l'amour de Dieu seulement, il doit se savoir maintenant dans la possibilité de choisir, d'être l'origine du bien et du mal. Il est devenu comme Dieu. Mais contre Dieu. C'est en cela que consiste l'imposture du serpent. L'homme sait ce qui est bien et ce qui est mal; cependant, puisqu'il n'est pas l'origine, le bien et le mal qu'il connaît ne sont pas de Dieu, mais contre Dieu. C'est le bien et le mal de son propre choix contre l'élection éternelle de Dieu. C'est comme "antidieu" que l'homme est devenu semblable à Dieu.

Cela est illustré par le fait que l'homme qui connaît le bien et le mal s'attache définitivement à la vie, à la vie éternelle qui procède de l'élection de Dieu. "Maintenant il faut l'empêcher d'avancer sa main, de prendre encore du fruit de l'arbre de vie, d'en manger et de vivre éternellement. L'Éternel Dieu fit donc sortir Adam du jardin d'Éden... Après avoir chassé l'homme, plaça à l'orient du jardin d'Éden les chérubins armés d'un glaive à lame flamboyante, pour garder le chemin de l'arbre de la vie." (Gen. 1.22 et 24). L'homme qui contre Dieu et contre son origine, privé de Dieu par son propre choix, connaît le bien et le mal, se comprend dans ses possibilités discordantes, se trouve séparé de la vie de Dieu qui unit et qui pardonne, pour être livré à la mort. L'homme meurt d'avoir ravi le mystère de Dieu.

Désormais il vit séparé de Dieu, des hommes, des choses, de lui-même.



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