Le Pasteur et son univers

Le Pasteur et son univers

 A l’époque où je m'occupais d’une assemblée à «plein temps», ma vie professionnelle était réglée comme du papier à musique: Du lundi matin au Dimanche soir (à l’exception du mercredi), mes journées entières étaient consacrées aux membres des deux églises qui constituaient le troupeau que le Seigneur nous avait confié. Nos responsabilités pour ma femme et moi, étaient multiples, les réunions nombreuses, il y avait aussi les visites, les entretiens, et enfin les moments de prière et de préparation des messages hebdomadaires.

Passionné par ce flux tendu d’occupations, et conscient d’être responsable spirituellement de nombreuses vies, je me sentais pleinement utile et heureux dans mon service.
Pour tous ceux qui servent Dieu dans un ministère pastoral «rien que de très normal» me direz-vous !

Pourtant peu à peu au milieu de ce tourbillon d’activités, le Saint-Esprit glissa sous la cotte de maille de mon armure pastorale, un de ses messages d’avertissement dont Il a le secret:

Je pris doucement conscience qu’il y avait quelque chose d’étrange dans mon mode de vie, quelque chose me manquait qui altérait ma capacité à être le sel de la terre, et la lumière du monde:
Bien que prêchant plusieurs fois par semaine, je n’avais plus l’occasion de témoigner personnellement. Je passais mes journées entouré seulement de chrétiens, consacrés et attentionnés avec moi, mais je n’avais plus de rencontres privilégiées avec des personnes «inconverties». Mes contacts quotidiens avec «le Monde», comme nous l’appelons dans notre jargon, étaient devenus quasi-inexistants.

Je pris aussi conscience que le langage utilisé entre pasteurs et croyants comporte de nombreux mots et expressions incompréhensibles en dehors de leur contexte, par les personnes extérieures au monde évangélique et à son «patois de Canaan».

Le bilan alla encore plus profond: il me sembla évident que mon ministère pouvait constituer une muraille invisible m’isolant progressivement du troupeau dont j’avais la charge !

En effet: comment comprendre ceux et celles qui travaillent sous les ordres d’un supérieur pénible, accomplissent les trois huit, font face aux challenges permanents du monde moderne... quand on vit soi-même enfermé dans un univers confiné à la vie de l’église et aux chrétiens engagés dans les divers services de l’assemblée ?

Bien sûr, nous étions très actifs dans les actions et réunions d’évangélisation, mais comment encourager le témoignage personnel si je ne le vivais plus, comment comprendre les pressions du monde du travail quand je ne les subissais plus depuis des années déjà ?

Comment rester un conseiller pertinent dans un univers qui avait fait de moi «l’homme de Dieu» à l’avis recherché, mais vivant éloigné des réalités au coeur desquelles évolue l’immense majorité des croyants ?

Voilà un challenge qui secoue l’univers dans lequel nous travaillons!

La vie pastorale est-elle pour autant un long fleuve tranquille sans pression ni tension ? Certes non !

Mais, pour chaque serviteur, le défi est de rester en contact étroit avec la société dans laquelle vivent les croyants, sous peine d’être peu à peu déconnecté et de perdre la crédibilité nécessaire à son ministère, pour annoncer la réponse concrète de Dieu aux maux de l’être humain.

A force de travailler dans un univers souvent figé, le danger est que nous ne nous remettions plus en cause, voire que nous n'acceptions plus la contradiction, ou l’exposé d’idées différentes, parce qu’ inspirées par une réalité en perpétuel mouvement, qui n’est pas la nôtre. C’est pourquoi toute nouvelle approche est souvent perçue comme une menace à l’ordre établi plutôt que comme une chance supplémentaire de toucher de nouveaux publics.
Jésus était porteur de beaucoup d’idées novatrices pour son époque, et ses méthodes d'évangélisation ne furent pas très bien reçues, c’est le moins que l’on puisse dire, par les prêtres ses contemporains, il les dérangeait trop !

La Bonne Nouvelle que nous annonçons est universelle et inchangée, mais le monde dans lequel elle est diffusée, est lui, lancé dans une course effrénée. Quand les Bergers ne saisissent pas ses évolutions, l’Eglise court le risque d’être jugée «obsolète» ainsi que son message avec elle.
Alors, comment réagir ? Devons nous accepter des compromis avec les courants de pensée du «Monde» pour mieux lui plaire? Non !

En tant que Berger, que faire ?

Commençons par nous remettre nous mêmes en question régulièrement !

Demandons à être évalués par les croyants et des pairs: C’est une bénédiction et une source d’humilité.

Fixons nous l’objectif concret d’ amener à Christ au moins une personne par an par notre témoignage personnel.

Créons des temps où nos enseignements pourront être discutés et l’interpellation autorisée. N’ayons pas peur d’avoir à expliquer pourquoi nous croyons.

Plaçons nous dans des situations où nous serons exposés, voire impliqués, dans le travail séculier et ses défis.

Participons à la vie sociale de notre cité, clubs, associations: sport, musique, entraide...

Souvenons nous de la prière de Jésus:  Jean 17/14-23 !

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9 commentaires
  • mariefrance Il y a 2 années, 11 mois

    Au risque de me répéter, je crois que l'on doit témoigner de ce que Jésus fait dans notre vie à toutes les personnes que l'on rencontre chrétiens ou non. Dans la parole de dieu, il est écrit, l'un sème, l'autre arrose et un autre encore récolte. Je crois que ce n'a rien à voir avec le fait d'amener ou non 1 personne par an à Christ. Lorsque l'on témoigne, on ouvre une porte pour que le Saint Esprit puisse toucher le coeur de la personne à qui l'on a témoigné, en son temps et de la façon que LUI a décidé. Aimer son prochain, témoigner de Jésus, aider tous ceux qui en ont besoin, c'est çà le ministère de tous les chrétiens : tous.
  • Salma Il y a 10 années, 1 mois

    J'ai trouvé ce message très réaliste, surtout la partie où le Pasteur reconnaît qu'il a besoin d'échanger avec les autres pour se remettre en question. Pour ce qui est de se "mêler" aux non-convertis, je partage votre pensée, car lorsque je dirigeais une petite garderie d'enfants j'avais recruté des chrétiennes et des non-chrétiennes et elles ont été touchées par les prières qu'on faisait avant de commencer et ont même présenté des sujets de prière. L'une d'elles a même commencé à aller de temps en temps à l'église. nous prions pour elle. C'est un petit pas, mais je crois que le Seiigneur sait tout. QDVB. Maranatha! Salma
  • Tambaya Il y a 10 années, 2 mois

    Merci Pasteur, Dieu te beni abondament
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