RECEVOIR LA VIE 4/8

 RESTER DE FIDÈLES AMBASSADEURS
 
Ces fleuves d’eau vive ne dépendent donc pas des puits que nous pourrions creuser, ni de notre sanctification. Nous sommes revêtus de la sainteté de Dieu, nous portons le nom de ses enfants, nous devenons ses ambassadeurs. Voilà ce qui nous garde loin des lieux, des associations, des paroles ou des agissements antagonistes à la sainteté et à l’amour de Dieu. En parlant de l’adultère au sujet de l’histoire de la femme surprise en adultère et amenée par les scribes et les pharisiens à Jésus, Vanier remarque que l’adultère, pour le peuple de Dieu, c’est la distance que nous prenons par rapport à Dieu : si nous ne sommes pas avec lui, nous sommes avec un autre, nous le trompons.
 
La prise de conscience de cet éloignement de Dieu glace le coeur des croyants fidèles, et ce malaise est normal. Quel époux aimant ne se sentirait pas troublé en prenant du plaisir à contempler une étrangère, voire à rechercher sa compagnie ? C’est précisément ce malaise qui va lui rappeler son appartenance, son alliance et l’empêcher d’aller plus loin.
 
 
MALAISE SPIRITUEL OU CULPABILITÉ ?
 
Cette difficulté à renoncer à sa vie pour trouver un Dieu inaccessible – quelles que soient nos qualités et l’intensité de nos efforts – est sans doute la cause de la plupart de nos problèmes, et surtout de nos sentiments de culpabilité. Imaginons un joueur compulsif qui s’obstinerait à conserver ses cartes, ses amis joueurs, ses vacances à Las Vegas, en se disant qu’il maîtrise très bien son envie de jouer, et qu’il doit se le prouver, à lui et à ses amis, en dominant son besoin de jouer. Son parcours ressemble à celui d’un croyant qui, tout en professant son acceptation d’un sauveur et de la grâce divine, décide de « se sanctifier » en se corrigeant de tous ses défauts et de faire mourir ses mauvaises tendances.

Ces deux personnes cheminent de victoires en défaites, de tentations vaincues en chutes, et même si leur comportement semble exempt de revers significatifs, ils ne connaissent ni le repos ni la sérénité promise par les Écritures à ceux qui se confient en Dieu : 
 
« SEIGNEUR, toi mon héritage et ma part à la coupe, 
Mon destin est dans ta main.
Le sort qui m'échoit est délicieux, le lot que j'ai reçu est le plus beau.
Je bénis le SEIGNEUR qui me conseille, même la nuit, ma conscience m'avertit.
Je garde sans cesse le SEIGNEUR devant moi,
comme il est à ma droite, je suis inébranlable. » (Psaume 16, 5-8.)
 
Cette difficulté à renoncer à sa vie pour trouver un Dieu inaccessible touche tous les croyants : il faudrait être de terribles hypocrites pour prétendre vivre selon les Béatitudes. Mais c’est justement pour des individus qui ne vivent pas les Béatitudes, qui sont adultères, qui demeurent conscients de leurs faiblesses que Dieu est venu parmi nous dans la personne de Jésus, la Parole faite chair. Ces imperfections, ces faiblesses, ces infimités, ces sentiments de haine, cette cupidité que nous refusons souvent d’admettre, ces amertumes, ces angoisses, ces peurs, Jésus est venu nous en décharger. Dieu parmi nous, qui porte notre insuffisance, ce que nous avons manqué, parce qu’il nous aime.
 
À partir de cette certitude, la foi en celui qui nous a aimés devient possible et nous nous retrouvons avec Dieu, parmi nous, faisant chemin avec lui. Chaque fois que nous trébuchons, « sa houlette et son bâton nous rassurent », nous savons où il nous conduit, ses paroles sont la vie éternelle, dès maintenant, même dans « la vallée de l’ombre de la mort. »
(Psaume 23.)
 
NOUS JUSTIFIER OU ADMETTRE NOS ÉCHECS ?
 
La dualité, cette dichotomie de l’être qu’évoque Paul dans sa Lettre aux Romains (chapitre 7), c’est-à-dire ce conflit constant entre notre connaissance et notre aspiration au bien, mises en échec par nos tendances naturelles (ou, parfois, à cause de circonstances que nous ne parvenons pas à contrôler), nous pouvons la vivre de différentes manières. Paul pousse un cri de soulagement en donnant la victoire au Christ, notre libérateur.

Mais vivons-nous vraiment nous aussi cet état de grâce ?
En avons-nous seulement fait l’expérience, une expérience durable ?
 
Souvent, nous tentons de justifier nos échecs. Conscients d’avoir manqué le but, nous en cherchons les causes, les explications. Notre enfance et ses problèmes ont bon dos, notre environnement, nos proches également. Et puis, il y a les circonstances atténuantes, la liste parfois impressionnante de nos succès qui nous redonnent l'espoir de réussir un jour à vaincre ce qui se dresse encore entre nous et le bien souhaité. Cette habitude de toujours nous justifier d’une façon ou d’une autre nous conduit à une gestion plutôt légaliste de nos comportements.

Pour mieux réussir, nous nous fixons des règles, nous entreprenons des démarches, nous établissons des critères d’évaluation, bref, nous apprenons à gérer nos existences. Tout cela semble très raisonnable, parfaitement sain. Dieu nous a créés avec une raison et, comme l’affirme Barclay dans La Lumière intérieure, source de vie (son apologie des Quakers), le Saint-Esprit n’est jamais en contradiction avec la raison et les Écritures. Nous apprenons à nous fier à notre bon sens, vérifié par les Écritures.
 
UNE RÉCONCILIATION ENTRE CULPABILISATION ET GRÂCE IMPOSSIBLE ?
 
Malheureusement, nous apprenons vite à interpréter les Écritures et à trier ce qui nous convient. Quant à notre gros bon sens, il reste imprégné par deux essences contraires. La première, c’est notre conscience toujours et malgré tout coupable devant Dieu ; l’autre, sorte de résistance à la culpabilité, notre rationalisation et notre relativisme qui explique les erreurs, leur trouve des excuses et remet toujours à plus tard les gestes de correction qui s’imposent. Sans le vouloir, et bien que conscients de la grâce divine et du besoin de pardon, nous sommes redevenus légalistes, c’est-à-dire pharisiens.
 
Kierkegaard nous met vigoureusement en garde contre cette attitude qui explique le désespoir et l’angoisse où nous risquons de sombrer. En quelque sorte, nous nous forgeons une éthique qui nous conduit au désespoir, désespoir auquel nous résistons ou remédions par la consolation de la grâce de Dieu et de notre foi en Jésus-Christ. Kant et Kierkegaard se sont attachés à décrire ce combat qui semble sans issue : 
 
Que ce soit chez Kierkegaard dans le premier cas, ou chez Kant dans le second, il semble que la culpabilité soit, comme conséquence d'une demande infinie, le fait même d'être homme, l'humanité. Ce que nous voudrions ici suggérer pourrait s'appeler la résistance de la culpabilité. Une résistance qui (…), impliquerait un rejet relatif de toute forme de salut, de pardon, de rédemption, en tant que ceux-ci, en annulant ou en atténuant, sous quelque forme que ce soit, la culpabilité, annulerait ou atténuerait par là même la subjectivité et le Moi comme Moi devant Dieu. (Olivier Dekens, Initiation à la vie malheureuse, De l'impossibilité du pardon chez Kant et Kierkegaard, Revue Philosophique de Louvain, 1998, 96-4, pp. 581-597.)
 
Bien sûr, ce rejet reste relatif, c’est-à-dire que nous vivons en quelque sorte une nouvelle dualité. D’une part, nous tentons, conscients de la grâce divine, de pardonner ou au moins d’accepter les défaillances de notre éthique, une éthique qui ne parvient jamais à satisfaire notre soif de Dieu. D’autre part – et c’est là que commence la dualité –, nous cherchons à corriger cette éthique, à en faire un instrument de salut. Mais comme nous n’y parvenons pas, et que nous passons d’un état de culpabilité à un état de justification qui ne dure pas, nous vivons ce partage d’états comme une impureté. Nous sommes alors loin des Béatitudes et des coeurs purs qui verront Dieu (Matthieu 5, 8).
 
ACCEPTER D’ÊTRE CE QUE NOUS SOMMES
 
Pourtant, prenons l’exemple d’une personne sortie de la dépendance de l’alcool, d’une substance toxique, ou d’une habitude pernicieuse, qu’il s’agisse du jeu, des pensées adultères ou d’autre chose. Tant que cette personne a lutté contre sa dépendance, parfois avec succès pendant un certain temps, elle est restée en état de lutte. Cette lutte a remplacé l’alcool ou l’autre dépendance. Cette lutte est devenue une obsession. Mais quand cet individu a renoncé de manière permanente à sa dépendance en la confiant à Dieu, sans arrière-pensée de guérison ou de maîtrise du problème, le Père a écouté sa prière et la lutte a pris fin.

On pourra dire alors que cette personne est morte à elle-même, qu’elle s’associe au Christ élevé sur la croix pour revivre avec lui dans sa résurrection (Romains 6, 4). Cette personne ne se croit pas guérie, bien qu’elle semble l’être, mais vaincue, ayant abandonné sa gestion de soi à Dieu, à sa grâce. Et cette défaite du Moi met fin à la subjectivité et laisse la place libre à une vie nouvelle dans le Christ revenu à la vie après sa mort pour nous sur la croix.
 
Bien sûr, cette prise de conscience n’est pas toujours instantanée, et demande parfois beaucoup de maturité. C’est ce que nous vivons dans notre dépendance de Dieu, dans notre marche avec notre SEIGNEUR. Sa parole est une lampe pour nos pas, une lumière sur notre sentier (Psaume 119, 105). En nous laissant interpeller par la Parole, au lieu de l’interpréter, nous avançons, lentement mais sûrement, vers la sérénité que nous apporte la communion avec Dieu. Nous avons appris à ne plus justifier nos échecs, ce qui va de travers, nos erreurs ou celles des autres ; à ne plus nous servir des circonstances et des complexités contextuelles pour résister à notre conscience coupable. Nous appelons péché, faiblesse ou erreur ce qui est péché, faiblesse ou erreur ; en quelques mots, nous avons appris à accepter ce que nous sommes et à nous présenter à Dieu tels que nous sommes, sans plus prétendre autre chose.

L’adultère est l’adultère, le divorce, le divorce, les déviations sexuelles, les déviations sexuelles, l’alcoolisme, l’alcoolisme, le mensonge, le mensonge, la cupidité, la cupidité.

Voilà l’expérience de la femme samaritaine devant Jésus, tout comme celle de Pierre après son triple reniement. Pas question de relativiser, de rationaliser les faits. Mais alors, nous sommes prêts à recevoir la merveilleuse parole de Jésus à la femme adultère :
 
« Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. » (Jean 8, 11.)
 
 


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8 commentaires
  • Monique Ailleris Il y a 11 mois

    Seigneur pardon pour nos péchés
  • nana974 Il y a 4 années, 10 mois

    Merci serviteur de Dieu pour cette exortation. Que Dieu vous couvre toujours de sa grâce et vous bénisse abondamment ainsi que toute votre famille. Mon Dieu Mon Roi, Père Éternel, par ton Saint-Esprit aidez moi, ainsi que tous tes enfants rachetés en Jésus-Christ à prendre conscience que nous ne pouvons rien sans Toi, que sans ton Saint-Esprit qui renouvelle notre entendement, notre intelligence et que Lui seul peut nous donner du discernement et avancer pas à pas dans le chemin que tu as tracé pour tout un chacun de tes enfants. Merci Père Éternel pour ta grâce et ta miséricorde, merci pour ton Amour inconditionnel que tu nous donnes malgrés nos faiblesses. Aidez nous Père Éternel à être et à devenir des enfants que tu souhaiterais , et faire ainsi ta gloire en Jésus-Christ notre Seigneur qui est le Chemin la Lumière et la Vérité . Merci Père Éternel de m'avoir choisi et de me recevoir comme ta fille en Jésus-Christ qui est Mon Sauveur et Mon Rédempteur. Amen. Que Dieu bénisse grandement tout son peuple racheté en Jésus-Christ qui oeuvre dans le monde entier pour sa seule gloire. Amen
  • bassomo Il y a 4 années, 11 mois

    Merci Seigneur pour le pardon de nos pèches
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