RECEVOIR LA VIE - Partie 2/8

 LA LOI PARFAITE

 
Nos yeux contemplent la perfection dans la nature, les lois de l’harmonie universelle.

En fait, nous n’avons pas besoin de lois ni de religions pour savoir ce qui est bien, ce qui est bon, car, comme l’écrit Paul aux Romains :
 
« Ce que l’on peut connaître de Dieu est manifeste (…) En effet, depuis la création du monde, ses perfections invisibles, éternelle puissance et divinité, sont visibles dans ses oeuvres pour l’intelligence. » (1 :19-20.)

 
De même, nul besoin de lois ou de religions pour constater ce qui provoque les désordres et les causes des catastrophes humaines et environnementales : les lois, quand elles sont justes, découlent de ces constatations et les religions servent de cadres à ceux qui en ont besoin, à condition qu’elles ne leur servent d’opium ou d’excuses pour bavarder, ne pas agir ou changer de comportements ou ne pas intervenir devant l’injustice ou le malheur des autres.

D’ailleurs, 
 
« Si quelqu’un se croit religieux sans tenir sa langue en bride, mais en se trompant lui-même, vaine est sa religion. La religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici :
visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse ; se garder du monde pour ne pas se souiller. » (Jacques 1 :26-27.)
 
Bien sûr, nous ne sommes pas toujours personnellement responsables de ce qui va mal pour nous et autour de nous : nous subissons souvent les conséquences des désordres extérieurs, des agissements insensés et des injustices de notre entourage, qu’il soit proche ou lointain.

De même, les humains ne sont pas toujours responsables des catastrophes naturelles. Un tremblement de terre, par exemple, ou une éruption volcanique représente un cycle naturel que les humains, pour l’instant, ne sont pas toujours en mesure de prévoir ou prévenir.
 
DES BOUCS ÉMISSAIRES ? AVOIR LE COURAGE DE RECONNAÎTRE NOS ÉCHECS
 
Comme nous n’aimons pas rester confrontés à nous-mêmes, nous avons tendance à rejeter la responsabilité de nos échecs sur les autres ou sur les circonstances que nous traversons. Mais une fois que nous avons déterminé la part des responsabilités extérieures à nos échecs, il nous reste bien des manières de diriger notre vie et, conscients de nos limites, de décider d’une ligne d’action personnelle.

Alors, qu’est-ce qui nous empêche de parvenir au but ?
Ne serait-ce pas nos faiblesses, nos tendances à dévier du droit chemin, nos mensonges, nos illusions, bref, nos égarements ?

Plutôt que de rejeter nos responsabilités sur les autres, nous aurons alors peut-être à coeur de nous en prendre à nous-mêmes. Mais nous accuser, avoir le courage de nous punir ne nous libérera pas de ce sentiment de culpabilité qui nous accable

L’autoflagellation ne saurait qu’aggraver les blessures. Il existe une fausse ascèse qui, comme l’opium, masque les causes profondes des déviations et des erreurs. Le vrai courage consiste à nous connaître et à accepter les faits.
 
NOTRE VULNÉRABILITÉ
 
Face au bien, à l’harmonie universelle et à son accomplissement, l’être le plus fort, le plus courageux, reste faible et finit par comprendre son impuissance.

Nul n’est besoin d’être dépendant d’une substance quelconque, comme un alcoolique ou un drogué, d’être cupide, orgueilleux ou impur pour savoir qu’au fond de nous, ce que nous abhorrons le plus repose et veille comme un prédateur, et peut surgir à tout moment, à chaque concours de circonstances.

L’adultère reste un potentiel chez les individus les plus gardés, tout comme l’envie et la cupidité ou les colères meurtrières chez les individus qui semblent les plus désintéressés et les plus pacifiques.

Il y a certes grand mérite à maîtriser les monstres qui nous habitent tous, mais c’est justement lorsqu’on se sent bon et généreux qu’une envie, une pensée colérique, une impatience agacée envers nos vis-à-vis nous rappellent ce potentiel de désir ou de violence qui nous habite.

Le fait que nous sachions maîtriser nos yeux et nos pensées ne signifie pas qu’aucun désir impur nous ait un instant traversés, tout comme un besoin d’anéantir ce qui se dresse sur notre chemin ou nous contrarie.
 
UN ACTE DE VÉRITÉ QUI NOUS REND LIBRES
 
Nous devons reconnaître ce que nous sommes et cet acte de vérité envers nous-mêmes sera notre premier pas vers la liberté. Cette liberté, c’est la Parole du Christ qui nous l’offre, humblement, comme Jésus le fait à la femme samaritaine, se mettant à son niveau et lui parlant de sa réalité de vie, des maris qu’elle a eus, de l’homme avec qui elle vit maintenant et qui n'est pas son mari.

La religion n’a rien à faire dans ce dialogue. Les faits restent les faits, la réalité demeure la réalité. Nous sommes qui nous sommes, comme nous sommes, où nous nous trouvons. Prétendre le contraire ne change rien à ce que nous sommes. Nous devons accepter d’être faibles et de ne plus nous croire forts.
 
Si nous avons besoin de Dieu, cela signifie que nous ne comptons plus sur nos propres accomplissements. Nos réussites dépendent de Dieu, nous viennent de Dieu, de l’accès qu’il nous offre à son royaume, à la manifestation de sa présence en nous, à travers ce « nous » qui caractérise la prière enseignée par Jésus, plutôt qu’à travers notre ego surdimensionné, avec son individualisme, sa sanctification, son légalisme, ses systèmes, ses appartenances et ses credo. Mais nous reviendrons plus tard sur ce « nous » sans lequel l’Église chrétienne universelle ne saurait exister.
 
UN ACTE DE FOI QUI DONNE LA VIE
 
Recevoir la vie, c’est avoir la foi :
« Quiconque croit en lui a la vie éternelle » (Jean 3:16).

Et la vie éternelle signifie qu’on ne peut plus mourir, que Dieu est le Dieu des vivants, et non des morts (Matthieu 21 :32), qu’Abraham et Jacob, ainsi, sont vivants.

La femme samaritaine pouvait puiser de l’eau dans le puits, mais elle aurait toujours soif. L’eau de Jésus, elle, est source de vie éternelle : Jésus lui répondit :

« Quiconque boit de cette eau-ci aura encore soif ; mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; au contraire, l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle. » (Jean 4 :13-14.)
 
Voilà précisément le point le plus difficile à accepter, celui qui exige un acte de foi
fondamental : croire que Jésus nous apporte la vie, qu’il est en mesure de nous l’assurer.

Sa vie, la vie de Dieu puisqu’il incarne la Parole, qu’il est dans le Père comme le Père est en lui, c’est-à-dire qu’il est Dieu : Philippe lui dit :

« SEIGNEUR, montre-nous le Père, et cela nous suffit. » Jésus lui dit : « Je suis avec vous depuis si longtemps et cependant, Philippe, tu ne m’as pas reconnu ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Pourquoi dis-tu : ‘‘Montre-nous le Père’’ ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ! Au contraire, c’est le Père qui, demeurant en moi, accomplit ses propres oeuvres. »
(Jean 14 : 8-11.)
 
RENONCER À NOUS-MÊMES
 
Croire que Jésus donne la vie, c’est renoncer à nous l'attribuer par nous-mêmes.
Mais que signifie cette renonciation à nous-mêmes ?
Ne serait-ce pas renoncer à déterminer nous-mêmes ce qui est bien et ce qui est mal afin de nous soumettre à Dieu et à sa Parole ?

Nous nous attacherons plus loin et plus en détail à cette importante question en relation avec la morale et l’éthique religieuse. Kierkegaard (Traité du désespoir), tout comme Bonhoeffer (Éthique), a évoqué ce problème en montrant comment la tentation de décider pour soi-même du bien et du mal a conduit l’humanité à la perte de son innocence et au désespoir qu’engendre la culpabilité.
 
Bien sûr, il ne s’agit pas là de décider d’être sots et de cesser de penser : Dieu nous a créés avec un cerveau et un potentiel d’intelligence à développer. Il s’agit plutôt d’accepter l’intervention de Dieu dans notre vie, d’accepter le don de notre Créateur, de recevoir sa Parole en la laissant sienne, sans tenter de nous l’approprier et d’en faire notre chose, notre objet.

Cette tentation de s’approprier la Parole de Dieu au lieu de la laisser nous interpeller, nous saisir, nous maîtriser, c’est ce que reflète l’histoire d’Israël qui succombe à ses idoles et ses hauts lieux. À notre époque, les hauts lieux (ces endroits où se pratiquait la prostitution sacrée) n’ont pas disparu, ils apparaissent continuellement devant nos yeux. Quant aux idoles, elles sont faciles à nommer, à commencer par la plus importante, l’argent et le cycle infernal d’exploitation des humains par les humains que l’argent engendre dans toutes les sociétés.
 
Le livre d'Ésaïe nous interpelle avec sa description des fabricants d'idoles qui se retrouvent honteux. Par exemple, quand Ésaïe décrit comment, d'une matière utile et nécessaire, comme le bois qui sert à réchauffer la nourriture, l'homme fait une idole qui ne l'entend ni ne le voit (Ésaïe 44 :14-19).

Combien d'entre nous faisons du travail, utile à nous nourrir, une priorité qui nous aveugle et nous rend sourds aux vraies priorités ?
 
RENONCER À NOTRE VIE POUR LA RETROUVER
 
Mais, paradoxalement, renoncer à notre propre vie, c’est retrouver la vie

(Matthieu 10 :39 : « Qui aura assuré sa vie la perdra et qui perdra sa vie à cause de moi l’assurera »), celle que Dieu a prévue pour nous de toute éternité.

Et c’est ce paradoxe qui nous libère de nous-mêmes et de notre impuissance à être ce que nous voudrions être et, plus encore, nous délivre de cet infernal sentiment de culpabilité qui accable tant de chrétiens.
 
A suivre…
 
Extrait de l’ouvrage « LIBRES » du même auteur
 


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