Ce qui a été et ce qui sera

Ce qui a été et ce qui sera

Cher Pasteur,

Tu connais tout aussi bien que moi cette parole de l'Ecclésiaste :

"Ce qui a été, c'est ce qui sera, et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera, il n'y a rien de nouveau sous le soleil." (Ecc 1.9)

Ce "prédicateur" ne considère que ce qui se fait "sous le soleil", c'est-à-dire uniquement dans le domaine terrestre. En déduire qu'il prétende nier le progrès, les inventions et l'industrie de l'homme serait stupide, car même s'il n'a pas connu le Concorde, l'ordinateur et le téléphone portable, il n'était pas ignorant des avancées technologiques de son temps.

Non, sa considération désabusée concerne le comportement humain. L'homme reste l'homme au fil des siècles, et Salomon (pardon à ceux qui pensent qu'il ne s'agit pas de lui !), avec sa grande sagesse, a eu le temps de comprendre combien l'être humain craint la nouveauté, et a besoin de la sécurité que procure la tradition.

Il n'est pas question de dire que toute tradition, ou coutume, soit mauvaise. Job en avait une digne de louanges :

"… quand les jours de festin étaient passés, Job appelait et sanctifiait ses fils, puis il se levait de bon matin et offrait pour chacun d'eux un holocauste ; car Job disait : Peut-être mes fils ont-ils péché et ont-ils offensé Dieu dans leur cœur. C'est ainsi que Job avait coutume d'agir." (Job 1.5)

Jésus lui-même avait des gestes coutumiers :

"La foule s'assembla de nouveau près de lui, et selon sa coutume, il se mit encore à l'enseigner." (Marc 10.1)

"Il se rendit à Nazareth, où il avait été élevé, et, selon sa coutume, il entra dans la synagogue le jour du sabbat." (Luc 4.16)

"Après être sorti, il alla, selon sa coutume, à la montagne des oliviers." (Luc 22.39)

Le livre des Actes nous révèle que Paul avait aussi ses habitudes :

"… ils arrivèrent à Thessalonique, où les Juifs avaient une synagogue. Paul y entra, selon sa coutume." (Act 17.1-2)

Il serait vain de vouloir faire le dénombrement des habitudes, coutumes ou traditions qui nous permettent de ne pas avoir à réinventer l'eau tiède chaque matin !

Cependant, le poids de la tradition peut entraîner de graves dangers, particulièrement les traditions religieuses. Les scribes et les pharisiens du temps de Jésus lui ayant fait le reproche que ses disciples "transgressaient la tradition des anciens", Jésus leur fait remarquer qu'à leur tour, ils "transgressaient le commandement de Dieu au profit de leur tradition" (Mat 15.1-9). Et il leur cite un texte d'Ésaïe, qu'il leur applique en les traitant d'hypocrites :

"Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est éloigné de moi. C'est en vain qu'ils m'honorent, en enseignant des préceptes qui sont des commandements d'hommes." (Mat 15.8-9)

La tradition est souvent constituée de préceptes humains érigés en règles incontournables, et cela même parmi les chrétiens :

"Si vous êtes morts avec Christ aux rudiments du monde, pourquoi, comme si vous viviez dans le monde, vous impose-t-on ces préceptes : Ne prends pas ! ne goûte pas ! ne touche pas ! préceptes qui tous deviennent pernicieux par l'abus, et qui ne sont fondés que sur les ordonnances et les doctrines des hommes ? Ils ont, à la vérité, une apparence de sagesse, en ce qu'ils indiquent un culte volontaire, de l'humilité, et le mépris du corps, mais ils sont sans aucun mérite et contribuent à la satisfaction de la chair." (Col 2.20-23)

Ces préceptes, fondés sur les ordonnances et les doctrines des hommes, procurent un sentiment de sécurité, et ainsi contribuent à la satisfaction de la chair.

Pourtant lorsque Jésus-Christ entre dans une vie, il y apporte une dimension nouvelle, et le "Ce qui a été, c'est ce qui sera" de Salomon n'est plus d'actualité :

"Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles." (2Co 5.17)

Le chrétien est entré dans une nouvelle marche, où, sans pour autant nécessairement désavouer les bonnes coutumes qui jalonnaient son existence, il n'en est plus l'esclave. Ce n'est plus elles qui le dirigent et lui assurent son sentiment de sécurité. C'est maintenant le Saint-Esprit qui a pris le relais, et qui l'emmène dans l'aventure de la foi, où la sécurité ne vient plus de son cocon douillet d'habitudes éprouvées, mais de sa nouvelle confiance en Dieu.

Mais, diras-tu peut-être, n'y a-t-il pas, au fil des années, de nouvelles habitudes et traditions qui se font jour ? Et dans lesquelles on a tendance à s'installer à nouveau confortablement ?

Hélas, trois fois hélas ! Et, en place de chrétiens entreprenants et pleins de zèle, on a des "réchauffeurs de bancs d'église". Oh, certes, ils croient au Seigneur, lisent leur Bible, chantent des cantiques, louent le Seigneur chaque dimanche. Mais ils se sont inconsciemment remis sous le joug d'une tradition, et ont abandonné l'aventure exaltante de la foi pour la sécurité d'un nouveau cocon, bien évangélique, celui-là !

Ce constat serait déjà bien triste s'il s'arrêtait là. Mais il y a pis encore ! C'est lorsque les serviteurs de Dieu eux-mêmes se sont rendus esclaves de leurs traditions, de leurs principes tellement sécurisants. On a peur d'aller de l'avant ; tout ce qui est nouveau est suspect. À leur décharge, énormément de "nouveautés" qui parcourent le monde évangélique aujourd'hui n'incitent pas à l'enthousiasme, tant elles sont farfelues ! Et chacun sait que nous vivons au siècle de la séduction. Mais le Saint-Esprit n'est-il pas là pour nous aider à discerner le vrai du faux ?

Malheureusement, souvent on préfère se rabattre sur le "Ce qui a été, c'est ce qui sera". On refuse, par exemple, de se laisser conduire vers des méthodes d'évangélisation adaptées à notre temps, sous prétexte que nos ancêtres ne le faisaient pas, et on continue avec des façons de faire qui étaient excellentes à leur époque, mais qui sont complètement désuètes aujourd'hui.

Pardonne-moi, mon frère, de t'avoir peut-être un peu bousculé. Mais rappelle-toi que Jésus a parlé de vin nouveau et de vieilles outres. Nous voulons être des outres neuves avec du vin nouveau ! Et celui-là n'a rien à envier au Beaujolais de novembre !



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