La mondanité

La mondanité

Cher Pasteur,

Mondanité. Voilà un terme dont j'entends parler pratiquement depuis ma naissance. Que de prédications n'ai-je pas entendues sur ce thème ! Que de reproches n'a-t-on pas proférés sur la mondanité qui entre dans l'église !

Ce mot particulier de la langue française revêt plusieurs sens, d'après le dictionnaire Larousse. Tout d'abord la mondanité est le fait d'être au monde, de lui appartenir. En second lieu, c'est le caractère de ce qui est mondain, qui relève de la société des gens en vue. On peut aussi parler de mondanité pour exprimer la fréquentation du beau monde, ou le goût pour ce genre de vie. Enfin ce mot, utilisé au pluriel (les mondanités), désigne les habitudes de vie propres aux gens du monde, les politesses conventionnelles. Larousse dixit.

Cependant, la mondanité, dans le monde évangélique, a longtemps désigné tout autre chose. Il s'agissait tout particulièrement de questions vestimentaires pour les dames, de la longueur de leurs cheveux et leur frisure, de leurs bijoux et autres signes extérieurs de frivolité. On a longtemps confondu l'effet et la cause, en insistant davantage sur le religieusement correct extérieur, au détriment des motivations intérieures, allant même jusqu'à juger ces dernières uniquement sur la base de l'aspect extérieur. Je n'en veux pour preuve que ce "dicton sanctifié" concernant la chevelure féminine, que j'ai eu l'occasion d'entendre à l'étranger :

Quand les cheveux sont plats, le cœur est droit !

Le texte principal qui a donné naissance à ce légalisme est celui-ci :

"Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait." (Rom 12.2)

Il présente ce qu'on peut appeler une antithèse, dans laquelle "se conformer au siècle présent" est opposé au fait d'être "transformé par le renouvellement de l'intelligence". Or il est clair que les deux termes d'une antithèse sont nécessairement de même nature. Si le renouvellement de l'intelligence se situe dans la pensée, la conformité au siècle présent ne peut être, elle aussi, que dans la pensée intérieure, et non dans des attitudes extérieures.

D'ailleurs, dans un très grand nombre de domaines, nous sommes obligés de vivre exactement comme les gens du monde, que cela nous plaise ou non. Tout en ayant une claire perception de la limite entre le temporel et le spirituel, aussi longtemps que nous vivrons sur terre dans un corps de chair, nous serons assujettis aux mêmes contingences que le reste de l'humanité. Il nous faudra exercer une profession afin de pouvoir nous nourrir, nous loger, nous habiller, tout comme les autres. Nous aurons besoin de vacances, nous nous intéresserons à différents sujets, le sport, la musique, la littérature, et j'en passe, tout comme notre voisin de palier. Il n'y a rien que de très naturel dans tout cela.

Ce n'est donc pas dans notre similitude avec les gens du monde que réside le danger. Il ne se trouve pas dans les choses extérieures, mais bien dans l'esprit qui nous anime. Car la mondanité est quelque chose qui se trouve dans le cœur, qui fait partie de notre nature et de notre état d'esprit, de notre volonté et de nos désirs.

Si nous recherchons et aimons ce qui touche à ce monde au détriment de ce qui appartient au royaume de Dieu, alors la mondanité nous habite.

Si l'esprit qui règne dans le monde, la cupidité, l'orgueil, la vanité, la soif de pouvoir se trouve dans notre cœur, alors la mondanité nous habite.

Si nous cédons à la jalousie, à la rancœur, à l'envie, au carriérisme à tout prix, alors la mondanité nous habite.

Jean nous dit  :

"N'aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est point en lui ; car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l'orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde. Et le monde passe, et sa convoitise aussi; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement." (1Jn 2.15-17)

Il faut se souvenir qu'un texte sans son contexte n'est qu'un prétexte. Ne prendre que la première phrase de cette citation : "N'aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde" pourrait nous conduire à des conclusions parfaitement aberrantes, ce dont certains extrémistes ne se privent guère. Beaucoup de choses qui sont dans ce monde sont hautement appréciables, et les mépriser sous prétexte de spiritualité confine au fanatisme. Inspiré par le Saint-Esprit, Jean a pris soin de bien préciser ce qu'il entend par les choses qui sont dans le monde, et que nous ne devons pas aimer : "… tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l'orgueil de la vie", et qui résument en quelques mots les fruits de l'esprit du monde.

Lorsque Jésus a prié pour ses disciples, il a dit :

"Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Sanctifie-les par ta vérité : ta parole est la vérité. Comme tu m'as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde." (Jn 17.15-18)

Nous sommes dans le monde, et nous en faisons partie, toutefois non sans une puissante protection contre le mal qui existe dans le monde, la parole vivante et permanente de Dieu (1Pi 1.23). Et nous ne devons pas oublier que nous avons un rôle important à y jouer.

Jésus n'était pas ignorant de l'antagonisme que ses disciples rencontreraient dans le monde :

"Vous aurez des tribulations dans le monde ; mais prenez courage, j'ai vaincu le monde." (Jn 16.33)

Ce ne sont pas les hommes et les femmes de ce monde que Jésus a vaincus, car bien au contraire, il est venu pour les sauver. Mais c'est sur l'état d'esprit du Serpent Ancien qui domine aujourd'hui le monde que Jésus a eu une pleine victoire.

Et c'est cette mondanité-là que Jésus a vaincue pour nous, et qui ne doit plus avoir droit de cité dans nos cœurs. Nous sommes appelés à crucifier les œuvres de la chair en portant le fruit de l'esprit :

"Or, les œuvres de la chair sont manifestes, ce sont l'impudicité, l'impureté, la dissolution, l'idolâtrie, la magie, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions, les sectes, l'envie, l'ivrognerie, les excès de table, et les choses semblables. Je vous dis d'avance, comme je l'ai déjà dit, que ceux qui commettent de telles choses n'hériteront point le royaume de Dieu.

Mais le fruit de l'Esprit, c'est l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance; la loi n'est pas contre ces choses. Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. Si nous vivons par l'Esprit, marchons aussi selon l'Esprit." (Gal 5.19-25)

 

1 commentaire
  • minouchka Il y a 9 années, 5 mois

    C'est bien vrai que nous vivons dans un monde qui fait que nous lisons, ,écoutons de la musique et apprécions la bonne nourriture, les arts,etc.Mais moi je vois de ne pas me conformer à ce monde dans la façon dont ce monde gère la vie ,alors que nous nous avons un grand Dieu qui a des solutions qui sont parfois très différentes de ce monde -ci .Et aussi ,Dieu ne veut pas que nous soyons esclave de ce monde et ses lois culturelles..Nous avons une plus grande valeur que ce que ce monde-ci offre à travers l'apparence.