La satisfaction du succès

La satisfaction du succès

Cher Pasteur,

Je voudrais te poser une question indiscrète : T'arrive-t-il d'être content de toi ? Oh, je sais, ton humilité naturelle t'empêche de sombrer dans de telles extravagances, où la modestie qui est de mise dans l'exercice du saint ministère serait au supplice ! Et pourtant… Cette prédication, que tu redoutais au moment de prendre la parole, et qui t'est sortie du cœur et des lèvres avec une telle aisance, une telle onction ; rappelle-toi, les gens étaient saisis, ils buvaient tes paroles ! Et quel sentiment de bien-être, toute crainte disparue, lorsque l'amen final mit fin à toutes ces sublimes envolées ! Ne t'en souviens-tu pas ?

On raconte qu'après un culte béni, une dame vint trouver le pasteur pour le féliciter d'avoir magnifiquement prêché. Il répondit : "Merci, mais je le sais déjà, le Diable vient de me le souffler à l'oreille !". Est-ce à dire que toute satisfaction d'un succès est de l'orgueil ? Je ne pense pas que ce le soit nécessairement. Il me semblerait contre nature de ne pas se réjouir d'un succès personnel, cependant tout dépend de la façon dont on se réjouit. Lorsque mon épouse Rakel était toute jeune, elle allait souvent avec sa guitare dans des annexes ou de petites églises, où elle chantait et apportait un petit commentaire sur un passage de la Bible, selon la coutume de son pays, la Norvège.

Elle avait remarqué qu'une fois tout allait bien, et elle revenait toute contente ; mais la fois suivante, tout allait de travers et elle était catastrophée. Puis le cycle recommençait. Elle s'en ouvrit à une amie chrétienne plus âgée, qui lui expliqua le phénomène. "Tu vois — lui dit-elle — quand tu réussis, il est naturel que tu sois contente, mais tu oublies d'en rendre la gloire à Dieu. Alors il est obligé de t'humilier la fois suivante !". Rakel comprit la leçon, et apprit le réflexe de toujours voir la main de Dieu dans ses succès. Jésus ne dit-il pas : "Sans moi, vous ne pouvez rien faire" (Jean 15.5) ? Et ce fut la fin de ses expériences en dents de scie !

Pour ma part, j'ai aussi depuis longtemps développé ce réflexe. Lorsque je réussis quelque chose (Si, si, ça arrive !), je pense toujours à celui qui a fait sa demeure en moi, et qui me guide pour m'aider à réussir certaines choses difficiles. Et quand ça rate, (Oh oui ! ça arrive aussi !) eh bien, je me dis que je ne l'ai pas assez laissé faire !

La véritable humilité n'a jamais consisté à nier la vérité, lorsque cette vérité est de nature à nous glorifier. L'orgueil, c'est l'autoglorification, souvent au détriment de la vérité. N'ayons pas peur de reconnaître un succès légitime, sans oublier que nous n'étions pas seul dans sa réalisation. Paul affirme : "Je puis tout…" ; mais il n'oublie pas d'ajouter : "… par celui qui me fortifie" (Phil. 4.13)

Et je pense que c'est là le sens du texte : "Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur." (1 Co. 1.31).

1 commentaire
  • Marie Ange Ferry Il y a 8 années, 8 mois

    C'est bien ainsi que je l'ai compris après plusieurs chutes, il a fallu que je passe aussi par ces hauts et ces bas, et cela arrive encore malheureusement ...... notre vieil homme est vraiment "têtu" !!! Que La GLOIRE ne revienne toujours qu'à CELUI qui en est DIGNE. Marie Ange.