La soumission

La soumission

Cher Pasteur,
Dans ma dernière lettre, j'ai abordé le thème de l'autorité. Il me semble utile, aujourd'hui, d'apporter quelques précisions sur la soumission, qui est, en quelque sorte, l'antithèse de l'autorité.

Comme je l'ai dit précédemment, la soumission est le préalable indispensable à l'exercice de l'autorité, et nous verrons plus loin pourquoi. La soumission est un acte qui implique la reconnaissance d'une hiérarchie. Me soumettre, c'est admettre que quelqu'un m'est supérieur en pouvoir. Cependant, si je souffre déjà d'un sentiment d'infériorité, cela me sera particulièrement intolérable, car je percevrai cet assujettissement comme une confirmation de mon peu de valeur.

C'est pourquoi ceux qui exercent l'autorité, et je pense tout spécialement aux pasteurs aînés envers leurs stagiaires, se doivent d'avoir beaucoup de discernement et de tact à leur égard. Un autoritarisme arbitraire n'a jamais été constructif, et peut faire beaucoup de dégâts. On a, par exemple, vu des pasteurs exiger de leurs "subalternes", des programmes tellement chargés, que leur vie de famille s'en trouvait réduite à une peau de chagrin, et l'expression n'est pas exagérée. Ce qui l'était, par contre, c'était de considérer la réaction bien compréhensible de l'intéressé comme de la "rébellion contre l'autorité".

Lorsque l'autorité est exercée avec amour et délicatesse, elle permet de débusquer et d'apporter un remède aux complexes d'infériorité. Car si l'on n'y prend garde, l'individu qui abrite de tels complexes pourrait se faire violence et se soumettre "extérieurement", au vu des enjeux, et des conséquences qu'entraînerait une quelconque "insoumission". Mais son problème de fond ne serait pas pour autant résolu ; et lorsqu'il sera lui-même en poste d'autorité, il ne l'exercera pas en vue du bien des autres et de l'œuvre de Dieu, mais pour asseoir un pouvoir propre à compenser son insécurité intérieure.

J'ai affirmé plus haut que la soumission est le préalable indispensable à l'exercice de l'autorité. Tu auras bien compris qu'il ne s'agit pas de cette soumission "à contrecœur" que je viens d'évoquer, mais d'une soumission librement consentie. Délivré de tout sentiment d'infériorité, que l'idée même d'une soumission viendrait renforcer, on est à même d'apprécier les grands avantages que donne la subordination. Non seulement elle est une bonne école d'humilité, mais elle permet le travail d'équipe, dans lequel l'individualisme n'est pas de mise.

Et elle est surtout l'apprentissage de la véritable autorité, qui, paradoxalement contient une part de soumission. Ce n'est pas pour rien que Paul dit :

"… vous soumettant les uns aux autres dans la crainte de Christ." (Éph. 5.21)

"Les uns aux autres" ne fait allusion à aucune hiérarchie, mais veut tout simplement dire que nous avons à apprendre les uns des autres, et apprendre est une façon voilée de se soumettre. L'exhortation de Paul : "Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l'humilité vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes." (Phil. 2.3) ne s'adresse pas seulement aux plus jeunes, auxquels Pierre recommande la soumission, mais aussi à tous, y compris ceux qui sont en poste d'autorité :

"De même, vous qui êtes jeunes, soyez soumis aux anciens. Et tous, dans vos rapports mutuels, revêtez-vous d'humilité ; car Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles." (1 Pi. 5.5)

Seuls ceux qui ont appris la soumission véritable seront capables d'exercer une autorité véritable, qu'elle soit humaine ou spirituelle. Ils sauront encourager, en sachant prêter une oreille attentive aux plus jeunes. Ils sauront aussi reconnaître, sans avoir le sentiment de mettre leurs prérogatives en danger, qu'ils ne sont pas infaillibles, et que même des proverbes extrabibliques peuvent avoir une utilité, comme celui-ci :

"On a souvent besoin d'un plus petit que soi"

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