L'envie

L'envie
Cher Pasteur,

Un jeune évangéliste demanda un jour à notre regretté et éminent frère anglais Donald Gee d'écrire un article sur le thème de "l'envie chez les pasteurs". Il le fit après beaucoup d'hésitation, qu'il explique lui-même, je cite :

"On comprendra aisément que c'est une tâche délicate que d'aborder ce sujet. Certains diront qu'il n'est pas convenable d'exposer les faiblesses des bergers dans un article qui sera lu par les membres de leurs assemblées. Cependant l'Écriture ne fait aucun effort pour présenter les conducteurs spirituels comme s'ils étaient parfaits, même si elle leur recommande d'être des exemples pour les autres." Fin de citation.

Certes, le sujet est délicat, mais il concerne au premier chef tous ceux qui exercent une charge dans le royaume de Dieu. L'envie dans le cœur des hommes est un fléau qui apporte de très grandes souffrances, à la fois pour celui qui en est affligé comme sur ceux dont elle est l'objet. Dans la Bible, on rencontre tout d'abord Caïn qui devint le premier meurtrier. Il est certain que Moïse dut souffrir beaucoup de l'attitude envieuse de son frère et de sa sœur. L'apôtre Paul en fit également les frais, sans parler de Jésus lui-même, qui en souffrit de la part des chefs religieux.

Rares sont certainement ceux dont le cœur n'a jamais connu l'envie. Il faut toutefois préciser qu'il existe plusieurs formes d'envie. La plus bénigne, à mon sens, et celle qui nous fait regretter de ne pas posséder quelque chose.

J'ai déjà mentionné que j'avais commencé le piano à cinq ans, étude que ma paresse congénitale de l'époque m'avait fait tout de suite abandonner. Mon profond intérêt pour la musique ne s'est pas émoussé pour autant, me conduisant un peu plus tard vers des études d'écriture musicale assez poussées, harmonie, contrepoint, fugue, instrumentation etc. Incapable de faire autre chose sur un piano que de plaquer un accord, j'ai souvent connu un sentiment d'envie à l'égard de certains virtuoses du piano de ma connaissance. Être comme eux m'aurait au moins permis de jouer mes propres œuvres !

Une autre forme d'envie consiste à se sentir frustré de la réussite des autres. Cette recherche malsaine de gloire, provenant d'une mauvaise image de soi-même, est clairement dénoncée par l'apôtre Paul :

"Ne cherchons pas une vaine gloire, en nous provoquant les uns les autres, en nous portant envie les uns aux autres." (Gal 5.26)

Mais parfois, ce sentiment d'envie se double d'un ressentiment contre le succès de l'autre, aboutissant à la jalousie. En norvégien, le mot "envie" se dit "misunnelse", qui pourrait se traduire étymologiquement par "souhait malveillant" (bien que l'usage courant de misunnelse ne véhicule pas nécessairement cette signification). La jalousie fait partie des œuvres de la chair dans l'épître aux Galates (Gal 5.19-21). Elle dénote un état d'esprit charnel :

"En effet, puisqu'il y a parmi vous de la jalousie et des disputes, n'êtes-vous pas charnels, et ne marchez-vous pas selon l'homme ? " (1Co 3.3).

Paul nous donne le remède à cette sorte d'envie :

"J'ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi." (Gal 2.20)

En définitive, si nous voulons être efficaces dans le royaume de Dieu, il est indispensable que nos cœurs soient purifiés de ces miasmes de l'envie et de la jalousie. Mais pour que le Saint-Esprit ait une pleine liberté d'accomplir cette tâche, il est nécessaire d'attaquer le mal à sa racine, c'est-à-dire au complexe d'infériorité qui induit automatiquement une mauvaise image de soi.

À ce sujet, on relira avec profit mon article :

Orgueil et humilité

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