Mérite ou foi (1 de 2)

Mérite ou foi (1 de 2)

Cher Pasteur,

L'autre nuit, je toussais à en cracher mes lobes (J'ai attrapé une bronchite, va savoir où !), et après ce cruel ramonage, ne pouvant pas me rendormir, j'ai repensé — va savoir pourquoi ! — à un certain officier romain de Capernaüm. Un homme remarquable à tous points de vue. Si tu veux te rappeler les détails de son histoire, tu la trouveras dans Luc 7.1-17. Son serviteur (presque son fils adoptif, semble-t-il) est à l'article de la mort, et, par l'entremise des anciens des Juifs, il fait demander à Jésus de venir le guérir.

Le témoignage de ces Juifs influents (Qui pourtant, tout naturellement, ne portaient pas les Romains dans leur cœur) est également remarquable :

"Ils arrivèrent auprès de Jésus, et lui adressèrent d'instantes supplications, disant : Il mérite que tu lui accordes cela ; car il aime notre nation, et c'est lui qui a bâti notre synagogue." (Luc 7.4-5)

Ma toux s'étant provisoirement calmée (après avoir pris du sirop pour matou, à cause du chat dans la gorge), mes pensées ont commencé à danser la sarabande autour du mot mérite. Il est tout à fait normal, dans la société humaine, de parler de mérite. Car c'est le moyen de distinguer ce qui est bien de ce qui est mal : une bonne action mérite la louange, une mauvaise mérite le blâme, même si nos contemporains de plus en plus perdent la notion du bien et du mal, comme l'exprime le prophète Ésaïe :

"Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, qui changent l'amertume en douceur, et la douceur en amertume !" (És 5.20)

Bien qu'il existe une distinction honorifique appelée "Médaille du Mérite", la Bible n'a pas eu l'occasion d'en décerner beaucoup. Sur les trente-quatre occurrences du mot "mérite" et dérivés (méritait, méritant, méritez etc.) qu'on y trouve, vingt-huit sont dans un contexte négatif comme mériter la mort (2Sam 12.5), et seulement six dans un contexte positif, tel mériter son salaire (Luc 10.7).

Mais la validité de cette notion de mérite reste liée exclusivement à l'activité humaine et aux œuvres qu'elle engendre, et elle n'a plus cours dans la sphère spirituelle. Car là, l'important n'est pas d'abord la "bonne action méritoire", mais l'état de cœur qui la détermine, ce que Paul appelle "le fruit de l'Esprit" (Gal 5.22). Ce fruit grandit en nous à l'aide des instructions de l'Écriture, que le Saint-Esprit applique à notre personnalité, sans toutefois en faire des articles de loi souvent déformés par des interprétations humaines, ce contre quoi le même apôtre nous met sérieusement en garde :

"Si vous êtes morts avec Christ aux rudiments du monde, pourquoi, comme si vous viviez dans le monde, vous impose-t-on ces préceptes : Ne prends pas ! ne goûte pas ! ne touche pas ! préceptes qui tous deviennent pernicieux par l'abus, et qui ne sont fondés que sur les ordonnances et les doctrines des hommes ? Ils ont, à la vérité, une apparence de sagesse, en ce qu'ils indiquent un culte volontaire, de l'humilité, et le mépris du corps, mais ils sont sans aucun mérite et contribuent à la satisfaction de la chair." (Col 2.20-23)

Cette tendance naturelle de l'homme à revenir sous le légalisme est favorisée par le besoin charnel de faire entrer la notion de mérite dans la vie spirituelle du chrétien. Certes, nous sommes appelés à pratiquer des œuvres bonnes, mais Paul est très clair lorsqu'il affirme haut et fort le salut par la foi (Éph 2.8-10) : Sauvés pour les œuvres, et non par les œuvres ! Et ces œuvres bonnes, émanations naturelles du fruit de l'Esprit dans notre cœur, auront un tout autre parfum que celles qu'avec beaucoup de transpiration nous pourrions vouloir faire pour acquérir quelque mérite !

Que les autres nous trouvent parfois du mérite, est tout à fait naturel, comme ces braves anciens des Juifs à l'égard du Romain, car les autres ne peuvent nous juger que sur nos actions visibles. Mais nous, nous en connaissons la véritable origine, qui est le fruit de l'Esprit en nous. Et nous n'avons alors aucun mal à appliquer le proverbe :

"Qu'un autre te loue, et non ta bouche, un étranger, et non tes lèvres." (Pr 27.2)

***

Bon, ce n'est pas tout, mais la toux me reprend ! Juste avant d'aller me recoucher, je veux te laisser une image qui m'a nuitamment effleuré l'esprit. Une vieille bague en or massif finit sa longue carrière chez un orfèvre, suite à la liquidation d'une succession. Au cours des générations, elle a accumulé une grande valeur. Outre la valeur de son précieux métal, il s'est, au cours du temps, attaché à elle d'autres valeurs, sentimentales, familiales. (Peut-être même a-t-elle également été la cause de discordes pour l'héritage, qui sait ?). Maintenant, tous ces "mérites" ont disparu. Il reste seulement sa valeur personnelle qui avait inspiré toutes les autres valeurs. Et aujourd'hui, dans le creuset de l'orfèvre, son bel or se fond dans un océan de matière précieuse… Ce qui compte, c'est l'être et non le faire ! Et ce que nous sommes, nous le sommes en Dieu.

Oh ! là, là. Je dois avoir un nouvel accès de fièvre, moi ! Où suis-je donc allé chercher tout ça ?

Et notre centenier romain ? On parlera de sa foi la fois prochaine… quand je serai guéri, si Dieu le veut !

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