Sanctification ou sarcophage ?

Sanctification ou sarcophage ?

Cher Pasteur,

Je veux partager ici une découverte qui, pour toi, n'en sera peut-être pas une. Lors d'une émission télévisée sur l'Égypte, j'ai soudain pris conscience de la signification du mot "sarcophage". Non pas de son sens usuel, que tout un chacun connaît, c'est-à-dire "un cercueil contenant une momie".

Je parle de son sens étymologique. Il est construit sur deux mots grecs : sarx, qui signifie "chair" et phago, dont le sens est "manger". "Sarcophage" signifie donc "mangeur de chair" ! L'idée est sans doute que cet espèce de coffre est censé "engloutir" la chair, le corps du défunt.

Et ce mangeur de chair m'a inspiré quelques réflexions que je veux te confier. Depuis mon enfance, j'ai entendu prêcher sur le sarcophage ; oh, non, pas sur le sarcophage égyptien, mais sur le sarcophage spirituel.

Nous sommes tous au clair, je pense, sur la lutte entre la chair et l'esprit, dont nous parlent abondamment les épîtres. La chair dont il est question ici est la nature terrestre de l'homme, prompte au péché et opposée à tout ce qui est spirituel. Paul nous dit :

"Marchez selon l'Esprit, et vous n'accomplirez pas les désirs de la chair. Car la chair a des désirs contraires à ceux de l'Esprit, et l'Esprit en a de contraires à ceux de la chair ; ils sont opposés entre eux, afin que vous ne fassiez point ce que vous voudriez." (Gal. 5.16-17)

Nous avons tous, à la naissance, reçu un héritage désastreux, qu'évoque l'apôtre Pierre, "la vaine manière de vivre que vous aviez héritée de vos pères" (1 Pi. 1.18). C'est un style de vie axé sur les instincts et les désirs humains, qui conduit inéluctablement l'homme vers le péché.

Mais la nouvelle naissance par le Saint-Esprit introduit le chrétien dans une dimension nouvelle, celle de l'esprit, dans laquelle le principe de vie est celui de la victoire sur le péché et sur la chair. Et cette victoire ne consiste pas à mettre la chair dans un sarcophage spirituel, afin de la faire disparaître. Elle provient tout naturellement de notre marche selon l'esprit.

Tu as sans doute remarqué que je n'ai pas mis de majuscule à ce dernier mot "esprit". En effet, dans le texte des Galates que j'ai cité plus haut, le traducteur a dû faire un choix : mettre ou non une majuscule à ce mot (Les originaux ne font pas cette différence, toutes les lettres étant des majuscules) ; et il a choisi la majuscule, donnant par là l'idée qu'il s'agit du Saint-Esprit. Ce n'est certainement pas erroné, mais il n'est pas non plus interdit de le comprendre comme s'agissant de notre esprit, celui que Dieu a ressuscité en nous et a fait asseoir dans les lieux célestes (Éph. 2.1-7).

Le principe de la sanctification, ou croissance spirituelle, est donc bien plus qu'une lutte incessante contre la chair, qu'il conviendrait de maintenir dans son sarcophage. C'est une marche en nouveauté de vie par l'esprit (le nôtre), lui-même éclairé et dirigé par le Saint-Esprit. Paul ne dit pas : "N'accomplissez pas les désirs de la chair, et vous marcherez par l'Esprit", mais "Marchez selon l'Esprit, et vous n'accomplirez pas les désirs de la chair. De même que pour chasser les ténèbres d'une pièce, il suffit d'allumer la lumière, c'est notre marche par l'esprit qui nous permet de vaincre la chair, et non l'inverse.

La prédication de la sanctification-sarcophage, pourtant vivement condamnée par l'Écriture comme "contribuant à la satisfaction de la chair" (qui, malgré son sarcophage, reste toujours bien vivante !), est la négation de la vie de l'esprit :

"Si vous êtes morts avec Christ aux rudiments du monde, pourquoi, comme si vous viviez dans le monde, vous impose-t-on ces préceptes : Ne prends pas ! ne goûte pas ! ne touche pas ! préceptes qui tous deviennent pernicieux par l'abus, et qui ne sont fondés que sur les ordonnances et les doctrines des hommes ? Ils ont, à la vérité, une apparence de sagesse, en ce qu'ils indiquent un culte volontaire, de l'humilité, et le mépris du corps, mais ils sont sans aucun mérite et contribuent à la satisfaction de la chair." (Col. 2.20-23)

Cette pseudo-sanctification, selon laquelle je dois, pour être accrédité comme bon chrétien, adapter ma vie au sarcophage de préceptes qu'on veut m'imposer (les Égyptiens, eux, plus logiques, adaptaient le sarcophage à son futur locataire !), est une habile et dangereuse contrefaçon de la véritable sanctification. Elle est un redoutable obstacle à l'épanouissement spirituel des chrétiens, et ne réussit qu'à les transformer en arbres de Noël, pleins de "vertus chrétiennes" (?) accrochées à leurs branches, alors que le plan de Dieu était d'en faire de fertiles arbres fruitiers !



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