Une déesse sans bras

Une déesse sans bras

Le poète allemand Heinrich Heine raconte que, visitant le musée du Louvre vers la fin de sa vie, il s'était assis en face de la Vénus de Milo, en proie aux plus sinistres pensées. Prématurément usé par ses excès, gravement malade, il méditait sur sa vie gâchée et sur la mort qui l'attendait. "J'étais là, écrit-il, écrasé par le remords et pleurant au point qu'une pierre se serait attendrie. Mais non, devant moi la déesse de marbre semblait me dire : Tu ne vois donc pas que je n'ai pas de bras et qu'il m'est impossible de te secourir ?"

Une idole sans bras ! C'est bien le symbole d'un monde impuissant à relever et à aider ceux dont il a ruiné le corps et l'âme. Tragique image de tous les faux dieux que l'homme sert et qui l'abandonnent au jour de sa détresse. Les plus nobles d'entre eux, l'art, la beauté, la culture, n'apportent aucune solution à nos difficultés morales, aucune réponse aux problèmes fondamentaux.

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