Face à la pauvreté, j'étudie pour agir

Face à la pauvreté, j'étudie pour agir

Face à la pauvreté, qu’est-ce qu’un chrétien pourrait ou devrait faire ? Le SEL vous propose une série de 8 articles sur le sujet – à raison d’un article par semaine. Face à la pauvreté, il y a de multiples manières de bien faire : à chacun de trouver la ou les sienne(s) !

Réponse n°5 : étudier

Les choses pourraient sembler simples : nous devons aimer notre prochain, beaucoup de nos prochains souffrent de la pauvreté, alors nous devrions les aimer en les faisant sortir de la pauvreté.

Certes, mais une fois qu’on a dit ça, les itinéraires ne manquent pas, et ne se valent pas tous. Lorsque que certains pensent qu’on ne peut être chrétien si on ne fait pas dons de tous ses biens aux pauvres, d’autres pensent qu’être enfant de Dieu implique la promesse de vivre comme un prince. Lorsque certains défendent que la pauvreté disparaîtra grâce à la « main invisible » du marché, d’autres pointent du doigt le capitalisme comme la source de tous les maux. L’extrême diversité d’avis sur la question de la pauvreté au sein de l'Église plaide de fait pour une étude plus approfondie de ces enjeux, pour dépasser les guerres de versets piochés trop vites et de réponses toutes faites à des situations mal comprises.  

Si nous décidons de nous engager à lutter contre la pauvreté, il est donc essentiel de prendre le temps nécessaire pour étudier à la fois ce qu’affirme la Bible et les réalités économiques et sociales de la pauvreté aujourd’hui.

La diversité biblique : la condamnation et la bénédiction des riches et des pauvres

Pour bien étudier le sujet, toute la Bible doit être convoquée. Chaque partie de la Bible enrichit et éclaire les autres pour former un enseignement qui échappe à toute simplification excessive. Par exemple, la richesse est présentée comme pouvant être dans certains cas le fruit de la fidélité envers Dieu (les patriarches, Job, David, Salomon) et dans d’autres le fruit de comportements injustes (thème récurrent chez les prophètes, dans les Proverbes, dans les Psaumes, dans les Évangiles et dans certaines épîtres). Loin de condamner par principe la richesse, la Bible demande ainsi au riche : d’où vient ta richesse ? Que fais-tu de ce que tu as reçu ? Qui a besoin de ce que tu as en excès ? As-tu oublié que tout appartient à Dieu ? Tires-tu de l’orgueil de ta richesse ?

La description de la pauvreté n’a rien de simpliste non plus. Pour vos discussions politiques enflammées certains seront heureux d’apprendre que la Bible prend la défense des pauvres souvent victimes de l’injustice et de l’avidité des plus puissants (régulièrement chez les prophètes). D’autres apprécieront de pouvoir répondre que la Bible condamne aussi les pauvres qui le sont à cause de leur manque d’entrain au travail (dans les Proverbes).

De plus, toute la Bible invite ceux qui obéissent à Dieu à faire preuve de générosité. Celle-ci manifeste à la fois notre reconnaissance que tout nous vient de Dieu, notre confiance en Dieu et notre amour pour notre prochain.

Et ceci n’est qu’un bref aperçu de ce qu’il faut étudier en détail pour comprendre ce que Dieu nous appelle à vivre avec nos ressources. Aucun résumé basé sur quelques textes clés, sans contexte et situés dans la même partie de la Bible, ne pourra faire l’affaire si l’on tient à prendre la Bible au sérieux.

Une économie plus complexe que jamais

Si la Bible demande une étude approfondie, c’est encore plus vrai lorsqu’on cherche à savoir pourquoi les gens sont pauvres et ce qui pourrait les sortir de cette pauvreté. Pour se faire une idée de la diversité des causes de la pauvreté, on peut les classer suivant les catégories suivantes :

  • Choix personnels coupables (par exemple la fainéantise)
  • Des visions du mondes non bibliques (par exemples le système des castes en Inde)
  • Des catastrophes naturelles
  • Un manque de technologie (créant une compétition inégale)
  • Des inégalités de pouvoirs (permettant à certains d’exploiter d’autres)
  • Le colonialisme occidental

Beaucoup de choses pourraient être dites de chacune de ces catégories, les choses se compliquent encore lorsque l’on cherche des solutions. Certains mettent en avant le fait que l’économie de marché a fortement fait augmenter la production de richesses et qu’il suffit d’encourager cette économie de libre échange partout dans le monde pour éliminer la pauvreté. À ceci d’autres répondent que les causes de pauvreté du type « manque de technologie » et « inégalités de pouvoir » peuvent au contraire être amplifiées par la dérégulation. À l’inverse, certains affirment que les profits doivent être suffisamment redistribués pour que personne ne manque du strict nécessaire. Mais leurs détracteurs répondront que bien souvent l’aide humanitaire a produit un assistanat ne permettant pas le développement nécessaire pour sortir de la pauvreté.

Là aussi, aucune recette magique n’est à prêcher, et seule une étude approfondie de chaque réalité avec toutes ses ramifications pourra faire reculer durablement la pauvreté.

Conclusion

Bien sûr, personne n’est à la fois un théologien, un spécialiste en commerce international, un expert en aide au développement, un sociologue et j’en passe. Mais comme pour tout, nous avons besoin les uns des autres. Nous avons besoin de spécialistes dans tous ces domaines et nous avons besoin de nous informer sur les fruits de leur travail. Ce n’est pas parce que qu’on ne saura jamais tout qu’on ne peut pas faire l’effort d’en savoir un peu plus et d’encourager ceux qui se consacrent à l’étude de ces sujets.

Clément Blanc
Étudiant en master de recherche en théologie / pasteur assistant

SEL


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