Fatalisme

Fatalisme

Cher Pasteur,

Je me souviens d'un épisode de ma vie en Norvège, alors que je travaillais chez un photographe dans la bonne ville de Kongsberg. Le patron avait embauché un très jeune garçon auquel il voulait inculquer les premiers rudiments de l'art photographique.

Cela commença, en laboratoire, par le développement des pellicules noir et blanc d'amateurs, avec les travaux d'agrandissement pour obtenir des photos papier. Le développement des films ne posait pas de grands problèmes. Après avoir, dans un noir absolu, déroulé et fixé les pellicules sur de grands châssis métalliques, il suffisait de plonger ces châssis dans de hautes cuves verticales contenant les produits chimiques adéquats. Mais une fois ces pellicules développées, fixées, puis enfin séchées, venait le travail à l'agrandisseur. Là, il fallait savoir évaluer la densité du cliché et son contraste, choisir le papier sensible correspondant, estimer correctement le temps d'exposition, puis développer convenablement la photo.

Un jour, notre photographe en herbe vint montrer au patron le résultat de son travail, une photo exécrable. Ce n'était rien de moins que désastreux, ce que le patron ne manqua pas de lui faire remarquer. Et le jeunot de rétorquer, imperturbable : "Ben… elle est devenue comme ça !"

Cette réponse nous fit bien rire, bien qu'elle témoignât d'une forme de fatalisme incompatible avec la profession de photographe. Si "elle était devenue comme ça", c'était bien parce que le gaillard n'avait pas fait tout ce qu'il fallait pour qu'elle devînt autrement !

Cela n'est pas sans me rappeler l'attitude de certains chrétiens qui se lamentent de leur peu de résultats. Ils se rendent bien compte de la médiocrité de leur vie, du peu de progrès de leur caractère, ou de la désolante inefficacité de leur service pour Dieu. Mais voilà, ils n'y sont pour rien. Ils n'ont pas dû naître sous une bonne étoile ! Oh, bien sûr, jamais ils ne se permettraient de dire une telle horreur païenne, mais ils n'en pensent pas moins pour autant !

Ce sont des fatalistes chrétiens ! Lorsqu'on faisait remarquer à ma grand-mère qu'elle n'avait pas un caractère très facile, elle répondait : "Je suis comme je suis !". Cela voulait dire : "c'est comme ça, il faut vous y faire, rien n'y pourra changer quoi que ce soit !"

Ces fatalistes chrétiens, bien que probablement sincères, ont tout simplement oublié que tout ici-bas est soumis à la loi des semailles et des moissons :

"Ce qu'un homme aura semé, il le moissonnera aussi." (Gal 6.7)

C'est une loi inexorable : Je récolte aujourd'hui ce que j'ai semé hier. Et si je veux que les choses changent, il faut d'abord que je reconnaisse ma responsabilité, et qu'ensuite je demande au Seigneur de m'aider à devenir un meilleur cultivateur !

Le fatalisme est synonyme de facilité, de fuite et de déresponsabilisation. Il ne peut avoir aucune place dans le cœur d'un authentique chrétien.

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