La prédestination

La prédestination

Le grand réformateur Calvin eut à lutter, à son époque, contre l'enseignement catholique du salut par les œuvres. Cela le poussa vers l'extrême opposé : le salut sans la moindre participation de l'homme, même de sa volonté. Pour lui, le libre arbitre de l'homme n'existe pas.

Nous allons brièvement retracer la doctrine calviniste de l'élection, ou prédestination, puis la comparer avec l'enseignement des Écritures.

 

Résumé de la doctrine calviniste de l'élection :

Dieu est souverain

De toute éternité, Dieu a souverainement décidé que certains hommes, les élus, seraient sauvés par l'œuvre expiatoire de Jésus-Christ, venu mourir sur la croix exclusivement pour eux, et que les autres, les non-élus, resteraient dans leur état de perdition, et seraient damnés.

L'homme est dépravé

L'homme est dans un tel état de dépravation qu'il est incapable d'accepter le salut par son propre choix, car il est en état d'inimitié contre Dieu. Seule l'action du Saint-Esprit peut créer en lui la repentance nécessaire au salut. Mais le Saint-Esprit n'accomplit cette œuvre que chez les élus, qui seront tous sauvés, quoi qu'il arrive. Le libre arbitre n'existe pas, et si l'on fait partie des élus, on ne peut pas perdre son salut.

Cela est-il injuste ?

Les Calvinistes utilisent un raisonnement pour prouver que cette doctrine n'a rien d'injuste. Ils disent que l'élection ne repose pas sur la justice de Dieu, mais sur sa grâce. Voici ce raisonnement :

"Imaginons qu'un directeur de prison décide souverainement de libérer trois prisonniers. Ce pardon est un bienfait accordé à ces trois hommes, qui ne lèse en aucune manière ceux qui restent en prison. Le raisonnement se poursuit en disant qu'il n'y a là aucune injustice, car les autres détenus sont en prison, non à cause du manque de pardon du directeur à leur égard, mais à cause de leurs crimes.

De même, toute la race humaine est vouée à la perdition. Dieu, en choisissant souverainement de sauver un certain nombre d'individus, sans aucun mérite de leur part, ne lèse pas ceux qu'il laisse délibérément dans leur état de perdition !

 

Ce sophisme, car c'en est un, pourrait fort bien être énoncé d'une autre manière, tout aussi convaincante :

Un bateau de plaisance a coulé. Dix personnes se débattent dans les flots et sont sur le point de se noyer. Une équipe de sauveteurs, malgré les puissants moyens dont elle dispose, décide souverainement de n'en sauver que cinq. Si  nous nous alignions sur les conclusions du sophisme calviniste, nous dirions : les dix étaient de toute façon voués à la mort, donc les cinq non sauvés n'ont pas été lésés par le sauvetage des cinq autres !

Méfions-nous des faux raisonnements qui n'existent que pour soutenir un point de vue qui n'a pas de solides appuis dans l'Écriture.

 

Un autre faux raisonnement des Calvinistes est ce dilemme :

  1. Si Dieu essaie de sauver chaque membre de la race déchue d'Adam, et n'y réussit pas, c'est que sa puissance est limitée. Il n'est donc pas le Dieu Tout-Puissant.
  2. S'il n'essaie pas de sauver chaque membre de la race déchue, sa miséricorde est limitée.

La solution proposée par les Calvinistes est le second terme de cette alternative, accepté en s'abritant derrière l'indiscutable souveraineté de Dieu, et en citant volontiers le texte :

"Je ferai miséricorde à qui je fais miséricorde, et j'aurai compassion de qui j'ai compassion..." (Rom. 9.15)

Il est à notre avis tellement plus simple de penser que Dieu, ne voulant pas créer un automate ou un robot, mais une créature capable de répondre à son amour par un amour réciproque, a donné à l'homme le droit de choisir librement, s'interdisant par là même toute ingérence ou dirigisme au niveau de la volonté de l'homme. Cette autolimitation de sa puissance n'affecte en rien le principe de sa toute-puissance. Prenons, à notre tour, un exemple : Un marteau-pilon d'une puissance extraordinaire est parfaitement capable, lorsqu'il est convenablement réglé, de casser une coquille de noix sans en écraser la chair. Est-ce à dire que sa puissance réelle est limitée ?

Lorsque la doctrine calviniste parle de la dépravation de l'homme, elle fait ce que Dieu n'a jamais fait : ôter à l'homme sa faculté de choisir, ou en d'autres termes, son libre arbitre. Selon cette doctrine, l'homme naturel est totalement incapable, de lui-même, d'opter pour Dieu, citant à l'appui de cette affirmation le texte de Paul :

"Mais l'homme animal ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c'est spirituellement qu'on en juge." (1 Co. 2.14)

Voilà encore un texte pris hors de son contexte, et qui devient un prétexte ! Paul parle ici de la

"... sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, que Dieu, avant les siècles, avait destinée pour notre gloire, sagesse qu'aucun des chefs de ce siècle n'a connue, car, s'ils l'eussent connue, ils n'auraient pas crucifié le Seigneur de gloire. Mais, comme il est écrit, ce sont des choses que l'œil n'a point vues, que l'oreille n'a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l'homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l'aiment. Dieu nous les a révélées par l'Esprit" (1 Co. 2.7-10)

Il n'est pas du tout question ici de la faculté que tout être humain possède, celle d'accepter ou de refuser, de croire ou ne point croire, mais des mystères de la sagesse de Dieu. Autrement, à quoi servirait-il que le Saint-Esprit vînt pour convaincre "le monde en ce qui concerne le péché, la justice, et le jugement" (Jn. 16.8).

 

Selon les Calvinistes, le Saint-Esprit se substitue en quelque sorte à la volonté de l'homme, ou, par un subtil euphémisme, communique à l'homme sa propre volonté, puisque celle de l'homme est, de par sa totale dépravation, totalement défaillante à l'égard de Dieu. Reconnaître à l'homme un libre choix reviendrait, selon eux, au salut par les œuvres !

Il faut se souvenir que le but de Calvin était de prouver que l'homme n'est pas sauvé par ses œuvres, mais que Dieu seul est l'artisan du salut de l'homme. Il s'est en priorité appuyé sur certains textes qui soulignent la souveraineté de Dieu dans ses choix, en interprétant ces textes d'une manière tendancieuse. Tournons-nous donc maintenant vers l'Écriture, et découvrons comment elle répond à cette question que nous pose la doctrine calviniste :

Le salut est-il limité à une classe d'individus appelés les élus, à l'exclusion de tous les autres humains, ou est-il proposé à tous les hommes ?

Les textes qui vont suivre sont parfaitement clairs. Comme ils sont très gênants pour la santé de la doctrine calviniste, on tourne la difficulté en affirmant d'une manière totalement gratuite que les "quiconque" et les "tous" sont tout simplement limités aux "élus" ! Pour bien affirmer la position de la Bible à ce sujet, nous avons choisi, au risque de lasser le lecteur, de citer une majorité de textes :

"Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle" (Jn. 3.16)

"La volonté de mon Père, c'est que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle..." (Jn. 6.40)

"Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi." (Jn. 12.32)

"... quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé." (Actes 2.21 ; = Rom. 10.13)

"Dieu, sans tenir compte des temps d'ignorance, annonce maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu'ils aient à se repentir... " (Actes 17.30)

"Car je n'ai point honte de l'Évangile : c'est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit" (Rom. 1.16)

"Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ; et ils [donc tous - en puissance] sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ." (Rom. 3.23‑24)

"Ainsi donc, comme par une seule offense la condamnation a atteint tous les hommes, de même par un seul acte de justice la justification qui donne la vie s'étend à tous les hommes." (Rom. 5.18)

" Quiconque croit en lui ne sera point confus." (Rom. 10.11)

"Car Dieu a renfermé tous les hommes dans la désobéissance, pour faire miséricorde à tous." (Rom. 11.32)

Note : Il est impossible à tout lecteur de bonne foi d'attribuer au premier "tous" (tous les hommes renfermés dans la désobéissance) un sens global : toute la race humaine déchue, et au second "tous" (miséricorde à tous) un sens restrictif : seulement tous les élus ! C'est pourtant la manière de lire des Calvinistes !

"Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, qui s'est donné lui-même en rançon pour tous" (1 Tim. 2.5‑6)

"... nous mettons notre espérance dans le Dieu vivant, qui est le Sauveur de tous les hommes, principalement des croyants." (1 Tim. 4.10)

Note : L'ambiguïté de ce texte n'est qu'apparente. Il est, en puissance, le Sauveur de tous les hommes, car tous les hommes ont la possibilité de l'accepter, mais il l'est principalement des croyants qui, eux, l'ont déjà accepté.

"Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée." (Tite 2.11)

"Le Seigneur ne tarde pas dans l'accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient ; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance." (2 Pi. 3.9)

"Il est lui-même une victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier." (1 Jn. 2.2)

Si Christ n'est mort que pour les élus, comme le prétend Calvin, c'est-à-dire uniquement pour ceux qui sont prédestinés au salut, les textes ci-après n'ont aucun sens :

"Mais si, pour un aliment, ton frère est attristé, tu ne marches plus selon l'amour: ne cause pas, par ton aliment, la perte de celui pour lequel Christ est mort." (Rom. 14.15)

"Et ainsi le faible périra par ta connaissance, le frère, pour lequel Christ est mort !" (1 Co. 8.11)

"… de quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour profane le sang de l'alliance, par lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l'Esprit de la grâce ?" (Héb. 10.29)

"Il y a eu parmi le peuple de faux prophètes, et il y aura de même parmi vous de faux docteurs, qui introduiront des sectes pernicieuses, et qui, reniant le maître qui les a rachetés, attireront sur eux une ruine soudaine." (2 Pi. 2.1)

Note : Voilà des gens pour lesquels Christ est mort, qui ont été sanctifiés par le sang de l'alliance, que le maître a rachetés, et qui vont périr ! C'est incompatible avec la doctrine calviniste, selon laquelle les élus seront tous sauvés, quoi qu'il arrive !

Ces nombreux textes de l'Écriture devraient suffire à convaincre toute personne de bonne foi concernant l'universalité de l'offre de salut que Dieu adresse aux hommes, et les conséquences de leurs choix personnels.

Une correspondance entre un certain C. D. Cole, ardent défenseur du calvinisme, et Mme Marjorie Bond (Cette correspondance a été publiée par la "Bryan Station Baptist Church"), fait état d'une véritable politique de l'autruche devant la clarté de ces textes qui réduisent à néant la doctrine de l'élection selon Calvin. Madame Marjorie Bond écrit, relatant sa conversation avec une personne troublée par ces textes si clairs :

"Je lui dis : [...] le Dr. Cole m'a dit de ne pas essayer de concilier tous les points de cet enseignement avec d'autres passages des Écritures, parce que cela ne ferait que créer chez vous de la confusion. [...] Je suppose que j'ai suffisamment lutté pour essayer de faire tenir l'océan de Sa théologie dans la tasse de ma pensée, et que je vais maintenant cesser de me tracasser au sujet des points que je ne comprends pas..."

Le Dr. Cole, dans sa réponse, admet lui-même que certaines questions le laissent perplexe :

"... Je puis vous répondre en toute sympathie, parce que vos problèmes sont aussi les miens. Bien que mon désir fût de les résoudre pour vous, je crains que mes efforts soient décevants..."

Il dit aussi :

"Au risque de paraître inconséquents, acceptons tous les textes de l'Écriture, que nous puissions ou non les harmoniser. Le Dr. J. B. Moody (l'un de mes pères en la foi) disait souvent que si l'on voulait attendre, pour accepter les doctrines, qu'elles fussent harmonisées, on ne pourrait jamais y adhérer ; le moyen de les harmoniser, c'est de les accueillir sans se poser de questions, et elles s'harmoniseront à l'intérieur de l'âme. Cela peut ne pas être entièrement vrai, mais c'est une aide. Je n'affirme pas qu'il ne faille faire aucun effort pour harmoniser des doctrines apparemment contradictoires, mais je veux mettre en garde contre une détermination persistante à le faire."

Le Dr. Cole termine sa lettre ainsi :

"J'aurais aimé pouvoir vous être d'une plus grande aide dans cette réponse à vos questions. Permettez-moi de vous exhorter à ne pas vous faire de souci concernant votre incapacité à réconcilier des doctrines qui semblent contradictoires à notre intelligence limitée..."

Que voilà donc une façon bien simpliste de faire de l'exégèse. J'accepte la chose et son contraire sans poser de questions, et tout cela va s'harmoniser dans le fond de mon âme ! Il faut vraiment être particulièrement à court d'arguments pour adopter une telle attitude, qui s'apparente à un suicide intellectuel.

Nous allons maintenant nous tourner une fois encore vers l'Écriture, qui est notre unique autorité en matière de foi, et qui ne présente pas toutes les contradictions que nous rencontrons dans la doctrine de l'élection de Calvin.

Il existe pourtant dans la Bible des termes qui, à première vue, semblent donner de solides arguments à la doctrine calviniste. Tout d'abord, le mot élection s'y trouve cinq fois ; les mots élus, élue, vingt-huit fois ; le mot prédestiné(s), cinq fois. Mais il nous faut bien comprendre leur signification, en harmonie parfaite (n'en déplaise au Dr. Cole !) avec les autres textes que nous avons cités plus haut sur deux pages entières.

Mais pour découvrir le véritable sens de ces mots, il nous faut de toute nécessité une clé. Sans cette clé, on bifurque inexorablement vers la doctrine calviniste, avec son lot de contradictions. Voici cette clé :

"Car ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l'image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères. Et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés." (Ro. 8.29‑30)

Paul, dans ce texte, lie étroitement la prédestination à la prescience de Dieu. Et cette prédestination concerne le salut. De même :

"Pierre, apôtre de Jésus-Christ, à ceux qui sont étrangers [...] et qui sont élus selon la prescience de Dieu le Père, par la sanctification de l'Esprit, afin qu'ils deviennent obéissants..." (1 Pi. 1.1-2)

Un des attributs de Dieu est l'omniscience. Dieu connaît toutes choses, passées, présentes et à venir. Sa prescience est un des aspects de son omniscience. Nous, les humains, nous vivons dans un univers assujetti à la dimension "temps". Pour nous, le présent n'existe pas ; le futur se transforme immédiatement en passé. Les mots que vous venez de lire sont du passé, et ceux que vous allez lire à leur suite appartiennent au futur. Le présent n'est donc pas, comme on l'admet communément, intercalé entre le passé et le futur. Le présent appartient à Dieu seul, et donc parfaitement inconcevable à notre échelle. Dieu se présente au présent :

"Dieu dit à Moïse :  Je  suis  celui qui  suis . Et il ajouta : C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël : Celui qui s'appelle 'je  suis' m'a envoyé vers vous. Dieu dit encore à Moïse : Tu parleras ainsi aux enfants d'Israël : L'Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, m'envoie vers vous. Voilà mon nom pour l'éternité, voilà mon nom de génération en génération." (Ex. 3.14‑15)

Nous n'essaierons pas de comprendre les mystères de l'éternité, qui appartiennent à Dieu seul. Mais voici quelques idées personnelles, que nous nous gardons bien d'ériger en doctrine, mais qui pourraient intéresser le lecteur. Nous ne concevons pas l'éternité comme du temps qui se déroule indéfiniment. Nous imaginons l'éternité comme un éternel présent qui englobe le temps.  Si, pour aller d'un point à un autre sur la jante d'une roue de bicyclette, il faut accomplir un certain parcours, le moyeu central a, lui, par les rayons, un accès direct à tous les points de la jante. Le présent de Dieu renferme donc ce que nous appelons sur terre le passé et le futur. Lors donc que la Bible parle de ceux "qui sont élus selon la prescience de Dieu le Père" (1 Pi. 1.2), nous découvrons que Dieu regarde dans notre futur. Mais lorsque nous lisons :

"En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui, nous ayant prédestinés dans son amour à être ses enfants d'adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté..." (Éph. 1.4‑5)

nous voyons que Dieu se réfère à ce que nous appelons le passé. Mais pour lui, passé ou futur ne font aucune différence. C'est l'idée la plus vraisemblable que nous puissions nous faire de son omniscience.

Il nous semble donc très compréhensible que Dieu, sachant par sa prescience qu'il y aurait, au sein de l'humanité, des femmes et des hommes prêts à accepter son plan de rédemption, ait décidé de leur donner un statut spécial, celui de "ses enfants d'adoption" et cela "par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté".

Voyons maintenant de plus près la véritable doctrine biblique de l'élection, bien différente de celle de Calvin. Dieu, afin de préparer, au sein de la race déchue d'Adam, son plan de rédemption, prévu, lui aussi "avant la fondation du monde" (1 Pi. 1.19-20), s'est choisi un peuple terrestre qu'il a souverainement élu, le peuple d'Israël. Dans l'Ancien Testament, nous rencontrons sept fois le mot "élus", et dans le Nouveau Testament, quatre fois le mot "élection" appliqués au peuple d'Israël. Cette élection n'implique pas du favoritisme de la part de Dieu, mais une mise à part de ce peuple pour une tâche bien particulière, celle de recevoir la loi, afin de prouver aux hommes (Dieu s'adresse aussi à l'intelligence de ses créatures !) que même un peuple divinement choisi, possédant une loi divinement promulguée, est incapable par lui-même de satisfaire à la justice de Dieu :

"S'il eût été donné une loi qui pût procurer la vie, la justice viendrait réellement de la loi. Mais l'Écriture a tout renfermé sous le péché, afin que ce qui avait été promis fût donné par la foi en Jésus-Christ à ceux qui croient. Avant que la foi vînt, nous étions enfermés sous la garde de la loi, en vue de la foi qui devait être révélée. Ainsi la loi a été comme un pédagogue pour nous conduire à Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi." (Gal. 3.21-24)

Ce texte montre clairement le rôle de la loi donnée au peuple terrestre de l'élection : conduire les hommes à Christ. Dieu a donc élu un peuple terrestre, afin qu'il fût le berceau d'une nouvelle élection. Non plus l'élection d'un peuple terrestre, mais celle d'un peuple céleste, des femmes et des hommes "prédestinés à être semblables à l'image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères." (Rom. 8.29)

Les Calvinistes objectent que fonder l'élection des rachetés sur la prescience de Dieu fait reposer la source du salut de l'homme dans le libre choix de ce dernier et non dans la grâce de Dieu. Cette objection est manifestement le fruit de ce souci constant de considérer l'homme comme totalement dépravé, incapable même d'exercer sa volonté pour se tourner vers Dieu. Cette attitude ne nous semble pas conforme à l'enseignement de la Bible qui exhorte constamment le pécheur à se repentir et a accepter le pardon de Dieu. Nous ne voyons pas non plus comment on peut affirmer qu'un homme qui se repent et accepte Christ doit son salut à lui-même et non à la grâce de Dieu.

Ceux qui ont accepté Christ comme leur Sauveur personnel, et sont passés par la nouvelle naissance sont donc bénéficiaires de l'élection, c'est-à-dire de tout ce que Dieu a réservé pour eux dans son plan d'amour. Si l'homme n'a strictement rien a voir dans cette élection, et qu'elle existe indépendamment de l'homme, uniquement de par la volonté et le bon plaisir souverains de Dieu, comment l'apôtre Pierre peut-il exhorter les chrétiens en ces termes :

"C'est pourquoi, frères, appliquez-vous d'autant plus à affermir votre vocation et votre élection ; car, en faisant cela, vous ne broncherez jamais. C'est ainsi, en effet, que l'entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ vous sera pleinement accordée." (2 Pi. 1.10‑11)

Si l'élection est totalement indépendante de l'homme, comment peut-on l'affermir ?

Il nous reste maintenant à examiner un texte qui semble à priori donner de solides arguments à la doctrine calviniste de l'élection. C'est le chapitre 9 des Romains. Dans ce chapitre, Paul fait une magnifique apologie de la souveraineté de Dieu. Et bien que nous croyons au libre arbitre que Dieu lui-même a donné à l'homme, et qu'il ne lui a jamais, à notre connaissance, retiré, nous sommes pleinement d'accord pour dire que l'homme a un constant besoin de l'aide de Dieu. Si Dieu ne se substitue pas à la volonté de ses créatures, il ne manque pas d'exercer une influence puissante sur elles :

"... car c'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir." (Phil. 2.13)

Il est nécessaire de préciser que ce que nous appelons libre arbitre n'a rien à voir avec les œuvres de l'homme. Il s'agit uniquement de sa libre volonté de choix, et non sa capacité à produire par lui-même quoi que ce soit de bon, particulièrement en ce qui concerne son salut :

"Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Ce n'est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie." (Éph. 2.8‑9)

Dieu reste donc souverain, et c'est lui seul qui garde l'initiative dans ses rapports avec ses créatures. Mais dans ses décisions parfaites, Dieu fait aux hommes l'immense faveur de tenir compte de sa prescience, qui lui fait connaître par avance les choix que la volonté de l'homme lui fera faire. Et cette faveur fait également partie de son immense grâce.

Si nous lisons Romains 9 dans cette optique, le texte devient clair :

"Et, de plus, il en fut ainsi de Rébecca, qui conçut du seul Isaac notre père ; car, quoique les enfants ne fussent pas encore nés et qu'ils n'eussent fait ni bien ni mal, - afin que le dessein d'élection de Dieu subsistât, sans dépendre des œuvres, et par la seule volonté de celui qui appelle, - il fut dit à Rébecca : L'aîné sera assujetti au plus jeune ; selon qu'il est écrit : J'ai aimé Jacob Et j'ai haï Ésaü. Que dirons-nous donc ? Y a-t-il en Dieu de l'injustice ? Loin de là ! Car il dit à Moïse : Je ferai miséricorde à qui je fais miséricorde, et j'aurai compassion de qui j'ai compassion. Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. Car l'Écriture dit à Pharaon : Je t'ai suscité à dessein pour montrer en toi ma puissance, et afin que mon nom soit publié par toute la terre. Ainsi, il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. Tu me diras : Pourquoi blâme-t-il encore ? Car qui est-ce qui résiste à sa volonté ? O homme, toi plutôt, qui es-tu pour contester avec Dieu ? Le vase d'argile dira-t-il à celui qui l'a formé : Pourquoi m'as-tu fait ainsi ? Le potier n'est-il pas maître de l'argile, pour faire avec la même masse un vase d'honneur et un vase d'un usage vil ? Et que dire, si Dieu, voulant montrer sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec une grande patience des vases de colère formés pour la perdition, et s'il a voulu faire connaître la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde qu'il a d'avance préparés pour la gloire ?" (Rom. 9.10‑23)

Ce texte semble donner raison à la doctrine calviniste, mais, en réalité, il n'en est rien. Si nous oublions la prescience de Dieu, ce texte semble parler d'une prédestination inconditionnelle : "Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde", avons-nous lu, et de même : "des vases de colère formés pour la perdition [...] des vases de miséricorde qu'il a d'avance préparés pour la gloire". Lorsque Paul cite ce qui a été dit à Pharaon, il écrit :

"Car l'Écriture dit à Pharaon : Je t'ai suscité à dessein pour montrer en toi ma puissance, et afin que mon nom soit publié par toute la terre" (Rom. 9.17)

Il ne faut pas oublier que le récit de l'Exode nous dit que six fois "... le cœur de Pharaon s'endurcit..." ou "... Pharaon endurcit son cœur...". Ce n'est que la septième fois qu'il est dit : "... Dieu endurcit le cœur de Pharaon..." (Ex. 7.13, 22 ; 8.11, 15, 28 ; 9.7, 12). Il est ici clair que si, d'une part, Dieu a pu susciter Pharaon à dessein, d'autre part il connaissait par avance la nature du cœur de Pharaon. Quant au passage parlant "des vases de colère formés pour la perdition [...] des vases de miséricorde qu'il a d'avance préparés pour la gloire", Paul n'affirme nullement qu'il en est ainsi, car après avoir souligné la souveraineté absolue de Dieu en prenant l'image du potier maître de l'argile, il dit : "Et que dire, si...". Le "si" implique une supposition, non une affirmation. Paul, dans tout ce passage, n'est pas en train de faire une étude sur la prédestination, mais son souci est d'affirmer que la souveraineté de Dieu ne peut être le sujet d'une quelconque contestation de l'homme. Et il fait une supposition, que nous pourrions appeler un raisonnement par l'absurde : Quand bien même Dieu déciderait des choses révoltantes au jugement limité de l'homme, nous n'aurions aucun droit de le contester, car Dieu est parfait et ne peut commettre d'injustice : "Ô homme, toi plutôt, qui es-tu pour contester avec Dieu ?"

Nous rejoignons par là l'idée de la totale souveraineté de Dieu chère aux Calvinistes, sans toutefois ôter à l'homme sa liberté de choix, chère à Dieu depuis la création de l'homme. Pourquoi, en effet aurait-il donné à nos premiers parents la faculté de choisir entre l'obéissance et la désobéissance, si ce n'est parce que Dieu voulait avoir avec l'être humain une relation fondée sur l'amour ? Or il est parfaitement évident que pour que l'amour ait une quelconque valeur, il faut nécessairement qu'il soit librement et mutuellement consenti. Ayant donc dès l'origine donné ce libre arbitre à l'homme, pourquoi Dieu le lui aurait-il repris après la chute ? Aucun texte ne peut accréditer cette hypothèse, bien au contraire. Pour que Dieu fasse appel à la volonté de Caïn, il fallait bien qu'il en eût une :

"Certainement, si tu agis bien, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi : mais toi, domine sur lui." (Gen. 4.7)

D'aucuns diront : à quoi bon discuter et polémiquer sur des doctrines qui n'ont pas une grande importance dans la vie des rachetés ? Nous allons montrer que la doctrine calviniste de l'élection n'est pas si inoffensive que cela.

Tout d'abord, qu'on le veuille ou non, c'est une doctrine élitiste, qui renferme en elle-même toutes les racines du racisme. Elle pourrait affirmer : Nous, chrétiens, élus de Dieu et non rejetés comme le reste des hommes, nous sommes une caste de privilégiés. Ah ! Comme cela est gratifiant de se savoir différent du commun des mortels ! Il n'y a, dans cette forme de pensée, rien de très spirituel. Et elle peut entraîner de graves conséquences.

Lors de notre séjour en Afrique du Sud, nous fûmes profondément étonnés, pour ne pas dire choqués, d'apprendre que l'apartheid avait son origine... dans l'église réformée hollandaise ! Les Boers, ou paysans hollandais venus s'installer en Afrique du Sud, appartenaient pour la plupart à cette église d'obédience calviniste. Ils se considéraient comme le "peuple élu", par rapport aux populations indigènes, qu'ils réduisirent à un dur esclavage, transposant l'histoire du peuple hébreu en Canaan à leur situation. Le "peuple élu" ne devait pas avoir de relations avec les "Cananéens", ces peuplades païennes qui les entouraient. D'où la naissance de l'apartheid, ou ségrégation entre les noirs et les blancs.

Que Dieu nous délivre de tout racisme ! Nous terminerons cette étude par ce verset tellement connu que nous risquons parfois d'en oublier la portée universelle :

"Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle." (Jn. 3.16)



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12 commentaires
  • Serge Il y a 5 mois, 1 semaine

    Bonjour à tous, Il y a aussi Apocalypse 13:8 et Apocalypse 17:8 parlant d'une catégorie d'habitants de la terre qui se prosternent devant la « bête » parce que leurs noms n'étaient pas inscrits dans le livre de vie de l'agneau dès la fondation du monde. Ces textes ne sont pas cités dans article. Confirmeraient-ils la thèse d'Augustin d'abord puis de Calvin, à savoir que certains humains seraient destinés avant qu'ils naissent à la désobéissance et à la damnation parce que leurs noms ne sont pas inscrits dans le livre de vie dès la fondation du monde? Sinon, comment les interpréter ?
  • Dominique Il y a 11 mois, 1 semaine

    (Et moi, j'endurcirai le coeur de Pharaon), même s'il est au début de l'avertissement, ce verbe (j'endurcirai), est au futur et indique ce que Dieu fera quand Pharaon aura dépassé Sa patience. Pharaon a eu 7 chance d'utiliser son libre arbitre.
  • Lolot Juilo Il y a 1 année

    C est bien clair. .. Jean :7/9 C'est pour eux que je prie. Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m'as donnés, parce qu'ils sont à toi;
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