Le Cantique des Cantiques a-t-il sa place dans la Bible ?

Le Cantique des Cantiques a-t-il sa place dans la Bible ?

Comment expliquer la présence de ce livre sensuel, et même érotique, dans la Bible ? Comment a-t-il été validé dans le Canon des Ecritures ? C'est une vraie question taboue !

Ce livre sensuel et érotique fait partie du canon de l’Ancien Testament depuis le Vème siècle avant J-C. Il est resté dans la Bible et a résisté aux pudibonderies, aux intégrismes, aux censures et au rejet du corps et de la femme. C’est le livre de la Bible qui a donné lieu aux plus nombreuses et diverses interprétations (plus d’un millier de livres et d’articles). Il est déroutant et l’on se demande ce qu’il fait dans le recueil des Saintes Ecritures. Face aux questions que ce livre posait, certains chrétiens, dès les premiers siècles, ont voulu l’écarter du canon biblique. Mais Dieu a veillé fidèlement sur Sa Parole, car « toute Écriture est inspirée de de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice » (2 Timothée 3.16).

Que signifie ce livre poétique ?

Face au vocabulaire employé, aux termes évocateurs, au message appuyé qu’il convoie, les commentateurs, jusqu’à une époque relativement récente en ont fait une lecture différente, allégorique, parabolique, typologique, mythologique, onirique ou encore lyrique parmi les plus courantes. Cependant, aucune ne s’insérait pleinement dans la cohérence des Écritures. Les meilleurs modèles proposés présentaient des travers ou des lacunes qui ne résistaient pas au sens profond de la Parole. Salomon, par exemple, avait déjà 60 reines et 80 concubines dans son harem (Cantique des Cantiques 6.8). Il était transgresseur du commandement de Dieu pour la royauté (Deutéronome  17.17 & 1 Rois 1.1-6). Il ne peut décemment pas représenter Dieu ni le Christ. De plus, il n’a jamais été berger et il n’avait probablement pas l’habitude de se déguiser en berger pour jouer avec des reines-bergères ! 

La clé de l’interprétation semblait perdue. Il y en a bien une, mais où était-elle ?

En 1771, le pasteur Jacobi de Hanovre proposa une explication simple. Il y a trois personnages: le roi Salomon, la Sulamite et un berger. La découverte de cette clé résulte de la juxtaposition des paroles à un personnage masculin. On se rend rapidement à l’évidence lors des échanges tout au long des chapitres qu’elles ne peuvent avoir été prononcées par la même personne. Les paroles qui conviennent à un roi sont celles qui mentionnent la cour, les armes, les hauts lieux, la science et les promesses fastueuses. Celles attribuées à un berger usent toujours d’expressions rustiques, champêtres (J. Guitton).

Selon cette interprétation, le Cantique des Cantiques serait donc un drame où la Sulamite se trouve entre la tentation de céder aux promesses de Salomon et le désir de rester fidèle au berger absent, celui qu'elle aime et qu’elle appelle amoureusement « mon bien aimé » ou « dodi » en hébreu qui signifie « mon chéri ». L’action dramatique progresse par paliers avec des tentations toujours plus fortes. Le roi, sûr de sa conquête, se fait éconduire (8.7b; 8.12). La Sulamite lui échappe car elle a donné son coeur à son berger à qui elle reste fidèle. Le roi la laisse alors retourner dans sa demeure. Elle apparaît appuyée sur son berger bien aimé (8.5), ayant reconquis sa liberté (8.6-7).

Le Cantique des Cantiques est d’abord une apologie de l’amour fidèle et du mariage monogamique tel qu’il l’a été institué au commencement (Genèse 2.23-25). Il célèbre la victoire de l’amour pur et désintéressé sur les attraits de la passion égoïste et sensuelle. 

A travers la grille de lecture à trois personnages - grille qui remporte l’adhésion de la plupart des théologiens et exégètes de nos temps -, le lecteur recevra une leçon de fidélité; Israël, puis ensuite l'Église endurent le même combat. Le chrétien est appelé à choisir chaque jour entre deux amours :

- D’un côté : Dieu, qui à l’instar du berger absent, est l’éternel Absent qui n’apparaît que dans les visions intérieures (cf 5.2), mais qui habite sur les montagnes parfumées et qui possède la beauté accomplie, la liberté infinie et la sagesse parfaite. Il est le « Bon Berger », comme Jésus Lui même s’est présenté, Berger qui n’a rien à offrir de glorieux ici bas, mais un jour, Il apparaîtra sur la scène de l’Histoire pour récompenser fidèlement ceux qui auront fidèlement tenu leur serment d’amour.

- D’un autre côté : Salomon, le monde, la grandeur selon la chair, la force, la gloire visible et les richesses.

Entre les deux, le croyant se trouve engagé dans l’épreuve. Restera-t-il fidèle au Berger pauvre et absent devant la sollicitation des plaisirs et des honneurs ici bas ? (A. Kuen)

L’ histoire de la petite paysanne égarée dans le palais fastueux du grand roi est d’abord celle du peuple de Dieu, l’humble peuple de bergers et de paysans qui a voulu être semblable aux nations d’alentour et avoir un roi (1 Samuel 8.5). Salomon personnifie la royauté terrestre; le berger qui n’apparaîtra de manière visible qu’à la fin du drame, c’est Dieu lui même, dont le nom de YAHWE ne signifie pas seulement « Celui qui est », mais aussi « Celui qui vient ».

A la fin de l’histoire - comme à la fin de notre Histoire -, la Sulamite apparaît appuyée sur les bras de son berger. Les seules paroles du berger sont alors : « fais-moi entendre ta voix » (8.13 version Bible du Semeur). C’est la seule chose qu’il lui demande…

La louange réjouit le coeur de notre Sauveur, et elle le glorifie devant les légions d’anges qui nous observent. « Des compagnons prêtent l’oreille, fais-moi entendre ta voix » (tiré de EdQ, A. Kuen).

J. de Saussure conclut quant au Berger :  « Fuis sur les montagnes embaumées. (8.14). l’idylle était trop belle pour ce bas monde.Remonte vers ton Père et notre Père, vers ton Dieu et notre Dieu. A peine retrouvé sitôt ressuscité, puisque décidément tu seras toujours rejeté par les hommes, laisse-toi par ton Dieu enlever dans le ciel, élever dans la gloire, dérober à nos yeux ».

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