Qu'est-ce qu'un pasteur ?

Qu'est-ce qu'un pasteur ?

Cher Pasteur,

M'adressant à un pasteur, cette question peut paraître bien incongrue. Si j'écrivais à un plombier, en lui posant la question "Qu'est-ce qu'un plombier ?", avec pour but avéré de le lui expliquer, il me prendrait sûrement pour un débile !

Pourtant, j'ai quelques petites choses à dire sur le mot pasteur. Sa signification première est berger, car il dérive du latin pascere qui veut dire paître. Ce n'est donc pas seulement un titre, mais surtout une fonction.

Si on rencontre un berger au milieu de son troupeau, on se rend très vite compte qu'il ne s'habille pas chez Pierre Cardin, qu'il n'est pas un assidu des capilliculteurs, et qu'il n'utilise pas souvent "Chanel Égoïste Platinium". S'il ne s'occupe pas trop de sa propre personne, par contre il veille jalousement sur son troupeau et lui accorde toute son attention. Mais je sais que tu as déjà lu tout cela dans Jean 10 ! Bien sûr, comprends-moi bien : Je ne veux pas dire par là qu'un pasteur doit être négligé dans sa tenue !

J'ai connu le pasteur d'une grande assemblée qui, dans sa jeunesse, avait été berger. Il nous a un jour raconté qu'au début de la journée, il ne conduisait jamais son troupeau vers des pâturages trop gras, car les moutons se gorgeraient de cette herbe tendre à souhait, mais qui, en fermentant dans leur panse, mettrait leur vie en danger. Il fallait commencer par des herbages plus arides, pour leur bien-être. Plus tard, dans la soirée, elles auraient droit à un dessert d'herbe délicate.

Ce berger, tout seul avec ses moutons, n'avait besoin de personne pour l'admirer. Un jour, il est devenu pasteur. Comme ses brebis d'antan, il a eu droit, au début, à une vie de renoncement à soi-même, ce qui est le lot naturel des pasteurs. Puis l'herbe grasse est venue, et il s'est laissé séduire par le presse-tige du titre : Monsieur le Pasteur. Oh, il s'occupait bien de ses ouailles quand même ; mais quand une brave mémé de son assemblée, qui l'avait connu tout petit, avait eu l'outrecuidance de l'appeler Monsieur Louis (le prénom a été changé par discrétion), il l'avait reprise vertement, lui demandant sèchement de l'appeler par son nom de famille, avec Monsieur devant !

Dans mon Nouveau Testament, le mot pasteur ne se trouve que dans quatre passages ; trois d'entre eux désignent Jésus (Héb. 13.20 ; 1 Pi. 2.25 ; 1 Pi. 5.4), et le quatrième un des ministères-dons (Éph. 4.11). Je ne suis donc pas opposé à ce qu'on nous donne le titre de pasteur, puisque cela est biblique et que c'est passé dans les mœurs.

Mais je plains de tout mon cœur le pasteur qui se laisse prendre par le vertige du prestige. Il aura beaucoup de mal à vivre l'exhortation de l'apôtre Pierre, qui se nomme lui-même simplement ancien :

"Voici les exhortations que j'adresse aux anciens qui sont parmi vous, moi ancien comme eux, témoin des souffrances de Christ, et participant de la gloire qui doit être manifestée : Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement, selon Dieu ; non pour un gain sordide, mais avec dévouement ; non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau. Et lorsque le souverain pasteur paraîtra, vous obtiendrez la couronne incorruptible de la gloire." (1 Pi. 5.2-4)

Ne risquons pas d'échanger notre couronne incorruptible de la gloire contre une gloire terrestre, éphémère et corruptible !

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