Un peu de baume et un peu de miel

Un peu de baume et un peu de miel

Cher Pasteur,

Aujourd'hui, je ne peux résister à la tentation de partager avec toi un petit extrait du livre du pasteur norvégien Egil Strand "En confidence" (I fortrolighet), que j'ai, pour ma part, trouvé particulièrement édifiant. Je te le traduis donc ci-dessous.

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Lorsque le vieux Jacob envoya, malgré sa réticence, ses fils en Égypte pour la seconde fois, il leur demanda de prendre avec eux — en plus du paiement — divers présents, dont "un peu de baume et un peu de miel" (Gen 43.11). Il y a en fait une valeur symbolique en cela. On aurait pu éviter beaucoup de souffrances, et bien des blessures auraient pu être guéries si nous avions eu avec nous un peu de baume et un peu de miel. Car il ne faut pas oublier que bien souvent il est réellement en notre pouvoir de vaincre le mal, et de rendre la vie plus facile pour les autres, et par conséquent également pour nous-mêmes.

Il peut souvent être tentant de nous tenir à l'écart, et de nous contenter de la mince consolation qu'au moins nous ne leur avons pas fait de mal ! Ce n'est pas notre faute si les autres sont si amers, pensons-nous en nous-mêmes ; d'ailleurs, nous ne sommes pas obligés de nous mêler des affaires des autres !

Non, certes, nous n'avons pas à le faire. En fait, il ne s'agit pas tellement de faire que d'être. Si nous voulons que le baume et le miel que nous apportons avec nous agisse, il faut qu'ils soient partie intégrante de nous-mêmes, pour ainsi dire. Dans le fond, ce n'est pas tellement quelque chose que nous devons prendre avec nous, mais avoir avec nous ; quelque chose qui nous suive partout. Le baume qui guérit les vieilles blessures n'est pas en premier lieu ce que nous disons — nos exhortations ou nos arguments. C'est nous-mêmes, cette bonté bienfaisante qui se trouve toujours dans le sillage d'un cœur noble vivant tout près de Jésus.

Tu n'as certainement pas manqué de rencontrer de telles personnes. Elles ont l'étrange faculté de faire s'évanouir le mal, de la même façon que les ténèbres disparaissent comme par enchantement lorsque la lumière s'allume.

Ce baume n'est pas de la sentimentalité, car bien qu'il doive être accompagné de miel, il doit être sainement proportionné à tous les autres éléments nécessaires. C'est pourquoi il est écrit "un peu de baume et un peu de miel" — il ne serait pas bon que la vie fût seulement cela. On a également besoin du sel ; la répréhension et la sainte colère ne sont pas toujours évitables, et la justice inflexible sans favoritisme fait aussi partie de la piété.

Mais ici, c'est le baume dont on a besoin. Heureux sommes-nous si notre piété contient assez de miséricordieuse tendresse et d'humble abnégation, libre de toute amertume et d'esprit de jugement, pour pouvoir être compatissants envers ceux qui se sont retranchés derrière les hautes murailles de la haine, les poings et le cœur fermés. Si la bonté que nous pouvons leur témoigner ne peut les aider à entrouvrir la porte, rien au monde n'y parviendra. Et la raison pour laquelle il y a tant de portes fermées aujourd'hui, c'est qu'il y en a si peu qui s'efforcent de les faire s'ouvrir.

Et puis, un peu de miel. Il existe une amabilité qui semble repoussante, tout simplement parce qu'elle est exagérée et par conséquent artificielle. Les gens qui ont une vie intérieure équilibrée ne ressentent pas le besoin de toute cette douceur sucrée envahissante qui leur donne la nausée. Mais la bonté est une chose à laquelle chacun aspire. Le brin de muguet qui nous fait signe dans le soleil ne semble jamais agressif ; personne n'a envie de le fuir, bien au contraire. Jeunes et vieux vont chaque printemps à la recherche du muguet pour le ramener à la maison. Ils lui font une place à leur boutonnière, et le mettent dans des vases, afin qu'il remplisse la maison de son parfum délicat. Petite fleur bénie ! C'est ainsi que nous devrions être. Empreints d'une suavité sans affectation, ni exagération, tout simplement naturelle, parce que Dieu nous a rendus tels.

Il est hors de doute qu'une majeure partie du mal qui divise les êtres humains, y compris les chrétiens, aurait pu être évitée si nous avions eu avec nous "un peu de baume et un peu de miel" lorsque nous les avons rencontrés. Il aurait été alors bien plus naturel de prendre les choses positivement, avec indulgence, de pardonner (parce que nous avons besoin nous-mêmes de pardon et d'indulgence). Et il aurait été plus facile pour les autres d'oublier le mauvais pour ne garder que le bon. Ne devrions-nous pas demander au Seigneur de nous donner au moins assez de ce baume et de ce miel pour aider les autres à mieux vivre  ?

Egil Stand (Traduit du norvégien de l'ouvrage "I fortrolighet" par mes soins).

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Ne manquons pas de baume, afin que Dieu n'ait pas besoin de nous poser cette question pour son Église :

"N'y a-t-il point de baume en Galaad ? N'y a-t-il point de médecin ? Pourquoi donc la guérison de la fille de mon peuple ne s'opère-t-elle pas ?" (Jér 8.22)

Puis sachons manifester une vraie bonté, et non une douceur artificielle écœurante, dont Salomon stigmatise l'abus :

"Si tu trouves du miel, n'en mange que ce qui te suffit, de peur que tu n'en sois rassasié et que tu ne le vomisses." (Pr 25.16)

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